Afrique de l’Ouest : Des plans d’urgence d’un milliard F Cfa

C’est le montant proposé par les gouvernements du Sénégal et du Burkina-Faso pour aider les artistes et les acteurs culturels. En Côte d’Ivoire, il est de 570 millions de FCfa.

Chaque année au mois d’avril, Abidjan vibre au rythme d’événements comme « Livresque ». Cette année à cause de la maladie à coronavirus, le café littéraire qu’organise l’écrivaine et bloggeuse Yehni Djidji n’a pas eu lieu. Depuis 32 éditions qu’elle s’est engagée à partager la passion des mots dans tout Abidjan, jamais encore cela n’était arrivé malgré la modicité de ses moyens. Ça été difficile pour la jeune femme. Car ce type d’événement s’organise des mois à l’avance. Notamment en ce qui concerne l’aspect logistique, administratif avec la location ou la réservation des salles le transport, l’hébergement, la restauration des invités qui sont souvent à la charge de l’organisateur. Sans oublier l’équipe qui accompagne Yehni Djidji dans son déploiement. Tout ce monde a vu ses revenus connaître une baisse draconienne.

A Babi (petit nom d’Abidjan), le bouillonnement de la ville a cédé la place à la morosité. La vie tourne au ralenti depuis la découverte du 1er cas de Covid-19 dans le pays. « Tout tourne au ralenti. L’argent se fait rare faute de commandes. Il est difficile de se faire payer ou d’honorer une dette », regrette Yehni Djidji. Pour éviter un arrêt de ses activités, la promotrice culturelle qui est aussi éditrice de livres a dû intensifier le volet livraison de son agence. « Les clients sont rassurés. Je peux leur livrer sur place du coup, ils recommencent à passer les commandes». Au Burkina-Faso, la situation semble plus précaire d’après des témoignages. Les activités des structures comme les associations du Cinéma numérique ambulant ont tout simplement été suspendues.

Le coordonnateur du Cinéma numérique ambulant (Cna) et directeur du Cna-Burkina-Faso, Wend-Lassida Ouédraogo, raconte : « comme vous le savez, notre activité principale est l’organisation de projections de films suivies de débats ;
films de fiction africains et films de sensibilisation lors des campagnes de communication que nous menons aux côtés de nos partenaires. Nos projections se déroulent donc en plein air et rassemblent des centaines voire des milliers de personnes. Ces activités ont d’ailleurs été les premières à tomber sous le coup des interdictions. Car plus de 50 personnes ne peuvent plus être mobilisées. Par ailleurs, dans plusieurs pays un couvre-feu a été instauré pouvant aller de 19h à 5h du matin comme c’est le cas au Burkina-Faso. Or nos activités sont surtout nocturnes. on n’avait pas d’issue que de les suspendre ». Conséquence : « Des employés ont été mis en congés techniques », regrette l’acteur culturel.

Une aide en deux volets
Au Sénégal, Ina Thiam, dynamique artiste vidéaste et manager d’Urban Women Week et Urban Doc a perdu 80% de ses revenus. « Je suis membre dans deux associations culturelles Africulturban et Genji Hip Hop. Toutes les activités sont stoppées dans un secteur où 80% du budget qui couvre les activités et les paiements des acteurs culturels vient des bailleurs étrangers ». La pilule est dure à avaler. Gagner sa croûte est trois plus difficile. « Pour mon travail, je fais des offres de services pour des spectacles, des conférences, des shooting photos. Ensuite je donne des cours de photos et vidéos dans certains projets de mon association. Ces offres de services sont ma plus grande source de revenu, mon gagne-pain. Sans compter les revenus que j’ai dans les résidences artistiques et expositions. Donc du moment que tout cela est arrêté, ma source de revenu est en chute libre. L’argent se fait rare », raconte Ina Thiam.

Triste mais pas abattue. En effet, une lueur d’espoir existe en attendant la fin du Covid-19. Le gouvernement du Burkina-Faso a voté un budget de plus de 300 milliard Fcfa qui intègre un plan de riposte au Covid 19 et des mesures d’accompagnement aux secteurs qui sont affectés par la crise sanitaire. Là, le secteur de la culture a bénéficié d’un milliard vingt-cinq millions. Selon le ministre de la Culture Abdoul Karim Sango, ce n’est pas pour rembourser les acteurs culturels (ceux de l’évènementiel par exemple) qui ont vu leurs activités annulées du fait de l’interdiction des rassemblements. Mais c’est pour contribuer à amortir les dépenses engagées » fait savoir Wend-Lassida Ouédraogo. Au Sénégal, le fonds alloué par le gouvernement de Macky Sall aux projets culturels et artistiques a été revu à la hausse à cause du Covid-19. Il est passé de 500 millions à un milliard de FCFA. Cependant, ces annonces ne sont pas sans soulever d’autres questions. Notamment en ce qui concerne la répartition des fonds aux artistes et autres acteurs culturels.

En Côte d’Ivoire, le plan d’urgence pour aider le secteur culturel et artistique face au Covid-19 est piloté par Raymonde Goudou, la ministre par intérim de la Culture et de la Francophonie. Il est de 570 millions de F Cfa et se présente en 2 volets. Le premier est dirigé vers les artistes sociétaires du Bureau ivoirien du droit d’auteur pour un montant de 500 millions de F Cfa. Ici la répartition a débuté le 10 avril.
La seconde partie de ce plan d’urgence concerne « La mise à la disposition immédiate par le ministre de la Culture et de la Francophonie, des vivres et d’une logistique de lutte contre la pandémie du Covid-19 de 70 millions de F Cfa, à toutes laitières culturelles et artistiques », renseigne un discours de la ministre Raymonde Goudou disponible sur le site Linfodrome.com.

Elsa Kane

Culture

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