Alain Mazda : “Perpétuer la culture des peuples des Mts Mandara”

Le co-organisateur du Festival Kudungar donne les raisons qui ont poussé à l´organisation de ce rendez-vous culturel.

Quelle est la raison d’être du Festival Kudumbar que vous organiserez dans les tous prochains jours ?
Nous sommes partis d’un constat selon lequel aucun événement culturel de bonne facture n’existe dans notre zone culturelle. Avec deux camarades de Tokombéré dans département du Mayo-Sava, région de l’’Extrême-Nord, nous nous sommes demandé ce que nous pouvons faire pour préserver un savoir-faire dans le domaine de la danse traditionnel qui tend à disparaître. Notre ambition est d’organiser un événement pour perpétuer la culture. La danse traditionnelle nous a semblé être la chose à faire en premier lieu. Nous avons grandi en observant les danses qui s’exécutaient lors des fêtes des récoltes et certaines fêtes traditionnelles. Il y avait lors de ces moments, de grandes rencontres entre les peuples. Des moments de communions, mais surtout des moments où chaque groupe ethnique rivalisait d’adresse et d’inventivité dans les techniques de danse, de chant et surtout du point de vue des costumes qui sont utilisés dans ce cadre. Le Festi Kudumbar est pensé pour recréer cet écosystème et surtout pérenniser et entretenir un patrimoine. Il se tiendra en décembre 2020. Nous souhaitons également à l’occasion que lors de cet événement annuel qu’il y ait un brassage de cultures et un moment touristique de grande ampleur.

En quoi le Festival Kudumbar est-il différent des autres ?
Cet événement est différent des autres du fait que nous avons déjà pensé à la transmission du savoir-faire séculaire au sein des établissements scolaires primaires, secondaires et universitaires. Nous avons prévu ce qu’on appelle des passerelles afin de permettre une fois par semaine un moment d’imprégnation sur les usages des flûtes, des guitares traditionnelles, des castagnettes. Il s’agit également d’enseigner la fabrication de ces instruments et permettre à l’occasion le développement d’un artisanat local dédié. Une littérature est prévue également, certains contes sont des moments intégrés. Nous avons également prévu de faire un répertoire audio et vidéo de ce patrimoine de la danse et du chant de nos peuples. Le festival Kudumbar que nous voulons annuel sera un moment touristique de grande ampleur. Il permettra d’amener à nous, des touristes et des musiciens de par le monde qui souhaitent collaborer avec nos talents du terroir. Nous n’allons pas nous arrêter à l’aspect festif. Nous allons développer un volet économique pour développer des activités économiques nécessaires à perpétuer le savoir-faire ancien.

Comment se déroulera cet événement qui regroupera les grands groupes de l´arrondissement de Tokombere ?
Le Festi Kudumbar n’est pas un événement circonscrit à un coin du Cameroun. C’est un moment culturel et artistique qui ambitionne d’être un grand rendez-vous d’expression du talent artistique des peuples de la montagne. Pour commencer, nous destinons en premier lieu le festival aux grands groupes qui composent notre arrondissement appelé Kudumbar par les ancêtres. Il s’agit de Zoulgo, Mada, Mouyang, Moloko, Gemjeck, Mboko, Ouldeme, Mouyang, plus tard, il pourrait associer d’autres. Au sein de ces groupes éthiques qui vivent en symbiose, il y a des pépites dans les techniques de chant et de danse. Nous allons organiser à partir du mois prochain des barrages entre des groupes qui vont se constituer et compétir entre elles. Notre objectif, c’est d’avoir les meilleurs parmi les huit groupes cités plus haut, qui vont compétir en finale à l’occasion de la tenue du festival. C’est pourquoi nous lançons ici un appel à tous les fils de Tokombéré anciennement appelé Kudumbar, à se constituer en groupe de danse. Nous attachons du prix à l’approche genre. Il faut dans des groupe constitués de 10 membres au maximum qu’il y’ait des femmes. Ce n’est d’ailleurs un secret pour personne que les femmes sont connues dans notre zone culturelle comme celles qui détiennent les meilleures techniques de chants.

Qui sont concernés par cet événement que vous dites rassembler un grand monde ?
En premier lieu les originaires de Tokombéré sans distinction de sexe, de langue, de tribu ou de religion. Je rappelle que notre arrondissement est constitué des chrétiens, des musulmans et un grand nombre des religions traditionnelles. C’est ce dernier groupe qui a sur perpétuer ces talents dans l’artisanat qui va avec au rythme des rites et autres fêtes traditionnelles, nous leurs en sont infiniment reconnaissants. Nous avons également une bonne frange de la population qui se trouve disséminé sur l’étendue du territoire national et dans la diaspora. Nous attendons d’eux qu’ils prennent une part active, il y a également les universitaires et autres chercheurs. Je pense ici aux anthropologues, aux historiens, aux linguistes, aux sociologues, aux plasticiens etc. Chacun pourra à l’occasion se faire une idée sur un patrimoine et jouer un rôle prépondérant dans la reconnaissance d’une culture qui a fait la réputation des peuples de nos montagnes appelé les Monts Mandara.

Propos recueillis par Moïse Moundi

Culture

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *