Auriol Dongmo : Le Cameroun victime de ses propres turpitudes

A force de jouer avec le feu, ce pays vient de perdre un de ses talents sportifs ; un de plus, un de trop peut-être, une chance de médaille d’or olympique et plus encore.

Il n’était un secret pour personne dans les milieux de l’athlétisme camerounais, que l’athlète Auriol Dongmo avait envie de changer de nationalité. La fille née le 3 août 1990 à Ngaoundéré a abandonné ses études en classe de première pour se consacrer entièrement à l’athlétisme, sa passion. Elle a gravi des échelons aux yeux de tous, depuis les Dixiades 2008 où elle est révélée, jusqu’à ses performances continentales de double championne d’Afrique (2014 à Marrachech et 2016 à Durban). Après un lancer de haut vol à Limbé le 9 juillet 2016 de 17m76 qui la qualifiait pour les Jeux olympiques de Rio la même année, elle termine 12ème mondiale et finaliste des JO. Comme plusieurs athlètes d’autres disciplines, Auriol n’a jamais eu la même considération que l’Etat offre aux autres disciplines. Un spécialiste de l’athlétisme explique dans l’anonymat : « plusieurs fois, on s’est souvent plaint que c’est le football qui était le mieux traité par le ministère des Sports. Mais ce n’est pas vrai.

Tous les porteurs de maillots de nos équipes nationales ont de différents paliers sur lesquels le ministère les a placés. Quand Auriol est championne d’Afrique, sa prime est de deux millions de francs Cfa, alors que les volleyeuses de notre équipe nationale ont 15 millions chacune. Est-ce normal ? Voilà l’une des raisons de la fuite des talents d’autres disciplines, le manque de considération ajouté au manque de compétitions. Il y en a qui ont la chance de voir la presse parler de leurs problèmes, et il y en a aussi qui essayent de résoudre seuls leurs difficultés, et c’est le cas pour Auriol qui a dribblé tout le monde, même ses entraîneurs formateurs. Mais on peut la comprendre. Le Portugal lui offre plusieurs opportunités, et surtout le respect selon ses performances ». C’est d’ailleurs avec un grand sourire que l’athlète a affiché sa dernière performance de 19m26, réalisée en ce mois de juin 2020 et qui va certainement entrer dans les annales comme le nouveau record de lancer de poids dame du Portugal.

Le cas Auriol Dongmo n’est pas isolé dans l’athlétisme. On se souvient du changement de nationalité de la double médaillée d’or olympique Françoise Mbango Etone pour les mêmes raisons de manque de considération de nos dirigeants. Un épisode qui n’avait certainement pas été instructif pour nos autorités qui ont laissé filer cette autre merveille de sportive du lancer de poids. De l’avis de certains spécialistes :
« Plusieurs athlètes sont d’ailleurs dans ces conditions, et le Cameroun pourra être confronté à ces difficultés à l’entrée des grandes compétitions. Nous avons des athlètes de niveau mondial qui sont courtisés chaque jour par les pays qui comprennent, et on peut encore se voir doubler sur le terrain de la nationalité avec la complicité des institutions comme la World Athletics.

On peut être content pour la jeune fille qui aura meilleur traitement, même si on déplore que son départ se soit fait gratuitement, alors qu’une discussion avec les autorités de la fédération aurait pu aboutir à des clauses comme les stages réguliers et longs, offerts aux athlètes du Cameroun, ou pourquoi pas la construction de certaines infrastructures chez nous et un partenariat long et fructueux comme on observe souvent dans le football. Jusqu’aujourd’hui, il me semble que le centre de formation de Stéphane Mbia, ne serait-ce que celui-là, continue de toucher les sommes pour sa formation ». La fuite des talents pour manque de considération n’est plus un secret pour personne au Cameroun, et cela ne semble pas engager les différents ministres des Sports qui se succèdent. Sans la moindre prime ou la moindre attention, on a souvent assisté, silencieux, à la fugue des boxeurs. Et on s’est empressé de les célébrer quand ils deviennent champions du monde. A Lisbonne, au siège de la Fédération portugaise d’athlétisme, la chanson préférée aujourd’hui est une sonorité ivoirienne que nous connaissons bien :
« quand quelqu’un laisse, quelqu’un prend… »

D.E

Sports

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