Azazou : “L’art m’a sauvé la vie”

A cause de sa silhouette androgyne, le conteur a souvent était traité de fille et battu. Aujourd’hui assumant parfaitement son corps, il revendique le droit d’être diffèrent et tourne un documentaire pour raconter son parcours. Entretien.

Vous êtes actuellement en plein tournage d’un film. Un documentaire intitulé « J’ai le droit ». Présentez-nous ce projet ? Nous avons appris que le tournage a lieu à Yaoundé ?
J’ai le droit est un projet que je porte en moi depuis des années. Cette folle envie de raconter mais surtout de partager mon histoire avec mon pays et le reste du monde. Dans ce documentaire autobiographique, je raconte mon enfance et mon adolescence difficile. L’enfer du regard, la violence des mots et des coups subits à cause de mon corps, de mon apparence.On me traitait de petite fille sans aucune envie de me considérer ou de me donner le droit de me considérer comme un garçon. Je n’ai jamais ressemblé aux autres garçons de mon âge. J’ai toujours été un cas à part, un monstre fabriqué par les autres juste parce qu’on a jamais voulu comprendre que je suis né comme ça avec cette silhouette androgyne, ce poids plume et ma petite taille. Je suis comme ça parce que personne ne choisit son corps mais surtout parce que la virilité n’est qu’une représentation sociale. Ce film est un moyen pour moi de briser le silence sur mon identité personnelle, de raconter ma propre histoire, celle que les autres ont toujours raconté à ma place et qui n’a jamais été la mienne. Ici, je parle de l’ androgynie sans me mordre les doigts, Je raconte mes souvenirs sombres et lointains mais aussi mon amour pour l’art qui m’a sauvé la vie, qui m’a donné la possibilité d’être quelqu’un plutôt que personne parce que j’ai le droit d’être différent, de ne ressembler à personne, d’ aimer comme je sens, de vivre comme je veux et de ne pas me justifier. Qu’on m’aime ou qu’on m’aime pas c’est ni mon bol de soupe, ni ma tasse de thé. À travers ce documentaire, je souhaite partager mon expérience, mon processus d’acceptation de soi avec ces belles âmes de nos contemporains en quête de repères et d’espoir.

Ce documentaire autobiographique. C’est aussi une autre forme de thérapie ?
C’est un travail d’introspection où je pars à ma propre rencontre dépourvu de tout artifice. Comment réalise-t-on sa propre biographie? Je ne sais pas, tout ce que c’est que j’en avais ras-le-bol qu’on m’enferme dans des boîtes et des cages, qu’on me catalogue sur la base de mon apparence qui ne me définit pas à priori comme beaucoup le pense. Ma démarche artistique très simpliste est à la fois poétique et philosophique. Mon film est militant car c’est un projet social et humanitaire en soutien aux minorités, aux oubliés et aux parias de la société. En tant qu’auteur et producteur du film j’ai eu le soutien des jeunes artistes camerounais qui ont cru au projet qui m’ont accompagné dans cette belle aventure. C’est grâce à eux que ce bébé vers le jour dans les prochains jours. Le film a été tourné au mois de février 2020 à Yaoundé. Ma grande sœur Ariane y témoigne de mon enfance, cette époque difficile où je n’arrêtais pas de pleurer à cause de la stigmatisation, du rejet et de coups reçus.

Vous avez de bonnes prédispositions pour l’écriture. Mais vous avez choisi le canal du cinéma pour vous raconter. Qu’est-ce qui a favorisé ce choix ?
Je suis un artiste touche-à tout qui ne se donne pas de limites. Je déteste me figer et m’enraciner sur uneseule chose. La vie selon moi est une utopie ou alors le risque de croire à l’utopie de la continuité ou la fin de l’existence. Rien n’est statique, tout est dynamique. Je suis donc à la fois comédien, conteur, chanteur, danseur et directeur de festival. Demain qui sait ? J’ajouterais certainement une autre corde à mon arc. J’ai déjà écrit plusieurs texte qui sortiront d’ici peu et bientôt j’écrirai ma biographie. Je n’ai pas choisi uniquement le cinéma pour me raconter. Toutes mes œuvres artistiques portent en elles la sève de ma philosophie. Départagé entre existentialisme et nihilisme, je veux laisser des traces par tous les moyens qui me parlent. J’adore le cinéma. Mon rêve c’est créer des spectacles, écrire des livres et faire des films qui me parlent et qui me ressemblent.

Une équipe vous accompagne. Elle est constituée de jeunes. Vous avez choisi de faire le pari de la jeunesse. Cela rimet-il avec compétences ?
Mon équipe est très compétente bien qu’elle soit très jeune. Pour moi c’était un challenge de rencontrer des jeunes formidables mais surtout ouvert d’esprit comme eux. Il s’agit de Charly Wassing à la réalisation, Arnauld Biloungaze à la direction de la photographie, d’Oben Narcisse assistant réalisateur, de Michel au montage, d’Armeline au département des costumes de la coiffure assistée par Xavière Mboua et Odile. Le protocole d’interview a été conçu et dirigé par la jeune journaliste Rachel Ngo Nwaha. C’est une équipe de jeunes passionnés et professionnels. Chacun a sa tâche, sur plateau nous parlons tous d’une même voix, la voix de la liberté. Au-delà des compétences, le plus important pour moi c’est d’avoir réunis une jeunesse libre qui croit en la beauté du monde dans sa diversité.

Azazou est un conteur et aussi une jeune figure du théâtre camerounais, ces dernières années vous semblez multiplier les projets pour le 7ème art ?
-Je n’ai pas assez de projet pour le septième art. J’ai bien envie de jouer dans plusieurs films mais je cherche surtout des rôles qui me parlent et qui me ressemblent. Jusqu’ici j’ai joué dans un seul film, un court-métrage merveilleux « Toi et moi » de Steve Kamdeu. J’ai adoré jouer dans ce film, une belle histoire, un beau cantique au respect de la diversité humaine (mon combat). Actuellement, je suis en postproduction pour mon premier film et je souhaite multiplier davantage des projets cinématographiques.

Que devient le festival international du conte Minkana ? Le public de Yaoundé s’était habitué à sa tenue chaque mois de mars durant la semaine de la Francophonie mais ce ne fut pas le cas cette année ?
La 6eme édition du festival international du conte Minkana devait se tenir cette année du 29 avril au 2 mai 2020. Malheureusement le festival est annulée cette année à cause l’épidémie du covid19 qui impacte tous les secteurs d’activité dans le monde en ce moment. Nous gardons espoir pour les prochains jours tout en souhaitant bon courage à tous et toutes en ces moments difficiles.

Propos recueillis par Elsa Kane

Culture, Une

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