Des histoires rocambolesques que l’on assène comme des vérités premières. De jeunes gens qui se lancent à corps perdu dans les jeux de hasard. Des populations qui se laissent séduire par le lucre factice d’une multiplication quasi mystique de l’argent. Une foule qui accoure dans les temples d’églises de réveil pour s’acheter une rédemption par des incantations tonitruantes. Jamais les camerounais n’ont autant flirté avec l’irrationnel au détriment de la raison. Curieux paradoxe alors même que ce pays qui clame son désir d’émergence a cruellement besoin d’une densité de rationalité et de la puissance de la science partout éprouvés comme gage et moteur du développement.

Plus que jamais, l’on observe dans notre pays un dangereux recul du sens critique qui laisse pantois quant à la capacité du citoyen camerounais à opérer les choix judicieux pour son avenir. Deux derniers exemples illustrent à merveille ce déclin du sens commun. Un groupe d’individus se pointe et prétend multiplier de l’argent en quelques semaines. Par connivence mercantile ou du fait d’une ignorance coupable ils sont agrées par l’autorité administrative. Une horde de camerounais se jette sur ce qu’ils croient être une opportunité d’enrichissement rapide. A l’arrivée, ce sont des milliards qui s’envolent en fumée et des familles qui sont plongées dans le désarroi. Comment ces camerounais, et parmi des plus instruits, ont-ils pu croire qu’il suffit de s’asseoir chez soi pour voir son argent se multiplier à l’ infini ?

La spéculation boursière qui est l’un des adjuvants de l’économie capitaliste n’a de sens qu’adossée sur une économie réelle qui en est le véritable poumon. La sévère crise économique de laquelle le monde se relève à peine a d’ailleurs montré les abimes qui s’ouvraient à l’hérésie d’une spéculation financière irrationnelle et insidieuse. De même, l’épargne que l’on place dans une banque ou dans une tontine ne produit des intérêts que si elle est réinjectée dans les circuits de l’économie réelle pour produire de la valeur. Ce n’est pas l’argent qui produit l’argent mais le nécessaire travail qui s’en suit. Ne pas y croire c’est s’abandonner à un mysticisme suicidaire qui exonère de l’effort et embrasse la facilité.

Il faut relever la tête
L’autre exemple c’est bien celui de la femme « ressuscitée » de Mbanga. Si vous sondez ceux qui ont disséminé et cru à cette douce fable, vous vous rendrez bien compte qu’il s’agit de chrétiens convaincus qui devraient pourtant sacraliser la résurrection du Christ comme étant la dernière historiquement possible. C’est même tout le paradoxe de la croyance à la camerounaise où des millions de personnes déferlent dans les églises pour exiger un miracle immédiat dans leur vie. Comme si la foi était désormais objet de marchandage. On veut faire du miracle une règle alors qu’il est par essence une exception. D’où cette propension aux jeux de hasard qui deviennent un enjeu de survie. D’où cette appétence pour le pouvoir illusoire des réseaux sociaux, fabuleux raccourci pour se tailler une stèle sur le territoire de la divagation. Et le drame chez nous c’est que le haut gradé de l’armée semble encore plus abruti que la vendeuse de tomates. Que le journaliste est lui-même noyé dans les histoires dont il rend compte au point d’en oublier l’indispensable distance déontologique.
Sans nier l’existence d’un monde irrationnel dont nous ne savons pas grand-chose, nous interrogeons cette émotivité quasi pathologique qui fortifie l’esprit grégaire et fait reculer le bon sens si cher à René Descartes. Nous espérerons un regain de la pensée en nos terres. Pour que force reviennent à déesse raison.

Par Hiondi Nkam IV

C’est vendredi

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