Pour une meilleure compréhension de la nécessaire décentralisation du Cameroun, l’évocation de quelques faits ou pans de l’histoire du Pays nous a semblés nécessaire, voire impérative. La crise économique mondiale des années 80 se manifeste au Cameroun par la chute brutale et vertigineuse des cours de tous les principaux produits d’exportation, qui finira par assécher rapidement les finances publiques. Les agriculteurs abandonnés à eux-mêmes, c’est le déclin de la production agricole, et la fin de l’autosuffisance alimentaire. Les balances de paiement et commerciale affichent dès lors un déficit chronique. Pour renflouer les caisses de l’Etat, recours est fait au Fonds Monétaire International et à la Banque Mondiale, qui arrivent avec leur train de mesures drastiques : liquidation des sociétés publiques, compression des effectifs des fonctionnaires, diminution du train de vie de l’Etat… etc. La baisse de la consommation globale ainsi engendrée va impacter les entreprises qui vont à leur tour licencier du personnel à tours de bras, ou fermer en cascade. Dans les villes et les campagnes, c’est partout le désarroi, la désolation, l’antichambre de l’enfer! Ce manque généralisé de perspectives finira par pousser les populations dans la rue en ce début des années 90, pour ce qui sera à juste titre appelé années de braise. Les gens se sont retrouvés dans la rue spontanément, certains sans même savoir pourquoi, d’autres parce qu’ils avaient faim ou voulaient un emploi, et d’autres encore réclamant un changement. Il y en a même eu qui voulaient changer celui qui avait apporté le changement !

Cette période tumultueuse a révélé des légendes : il se disait par exemple que le Prince Dika Akwa dit « colonel Diabobé » de l’UPC, marchait sur les eaux du fleuve Wouri, ou que le châtelain de Ntarikon, Ni John Fru Ndi du SDF, arrêtait avec les mains, les balles d’armes à feu, ou encore que le Président de la République Paul Biya du RDPC, était devenu un homme-lion !
Mais cette période a surtout révélé des hommes. Certains qui auront marqué les esprits, comme PPW Higgins Ema Otou, un esthète , aristocrate jusqu’aux orteils, qui prenait trois heures par jour pour sa toilette corporelle, et surtout l’entretien de sa coiffure d’Apollon, ou comme Gustave Essaka, le premier Triumvir d’un parti politique qui comptait moins de trois adhérents, ou encore Atéba Yené, un notable éwondo, dont le cerveau après la mort, aurait dû être conservé pour une exploitation scientifique ultérieure, tellement cet homme maitrisait l’histoire du Cameroun. D’autres comme Bouba Bello Maïgari, Hamadou Moustapha, Issa Tchiroma Bakari, le trio redoutable du septentrion, disgraciés de la nomenklatura jusque-là, qui profiteront de cette période pour effectuer un retour définitif aux affaires, et d’autres qui marqueront à jamais l’histoire politique du Pays, comme : J. Fru Ndi, A. Ndam Njoya, V.Haméni Mbiéleu, Wougly Massaga, Ndeh Tumaza, C.Bedzigui, Ekanè Anicet, Mack Kit, JJ. Ekindi, Françoise Foning, Antar Gassagay, Yondo Black, Dakolé Daïssala, AF. Kodock, Eboua Samuel, pour ne citer que ceux-là.

Et puis il y a eu des hommes qui sont tout simplement entrés dans l’histoire ! Tout d’abord Sadou Hayatou, Premier Ministre d’alors. Le pouvoir se devant de lâcher du lest devant la grogne de la rue, ce digne fils du septentrion, grand manœuvrier politique comme savent l’être les « nordistes », a su convaincre son patron d’organiser en lieu et place de la redoutable conférence nationale souveraine réclamée, un conclave tripartite gouvernementpartis politiques-société civile. Mais qui surtout a su face aux intransigeances rencontrées, au risque de jouer sa carrière personnelle, accepter d’ajouter sans l’aval du Président de la République, la constitution aux débats de la tripartite. A l’issu de ces discutions, et dès le lendemain, les villes mortes qui paralysaient le Pays et dont le mot d’ordre avait été lancé par des leaders d’opinion profitant de cette horde de mécontents affamés et désabusés déversés dans la rue, prirent fin ! A noter ici qu’après un dialogue politique, on a mis fin à une situation quasi insurrectionnelle. Comme pour confirmer ce que disaient déjà les Romains depuis l’antiquité, « subiata causa, tollitur effectus». (Si vous supprimez la cause, vous n’aurez plus d’effet)

L’autre mesure de décrispation du gouvernement a été l’organisation d’élections multipartites. Le Commandant en chef de cette opération fut G. Andze Tsoungui, MINAT de l’époque. Après le sac de nœuds qu’auront été les élections législative et présidentielle qu’il organisa en 1992, ce grand Commis de l’Etat, moulé dans l’administration coloniale jusqu’au bout des ongles, retint une chose essentielle : une élection mal encadrée peut donner des résultats surprenants ! Certains le constatent d’ailleurs lors des élections des associations de village, et d’autres à celles de l’Eglise Evangélique du Cameroun(EEC). Le MINAT s’engagea donc à tout mettre en œuvre pour que cela ne se reproduise plus jamais ! C’est ainsi qu’il demanda et obtint avant l’organisation des municipales, la transformation en communautés urbaines de toutes les grandes villes du Pays qui ne l’étaient pas encore. Il obtint de même la prorogation du mandat des conseillers municipaux.

Parce qu’il lui fallait des hommes de confiance par ces temps de doutes et d’incertitudes, jamais la préfectorale n’a été autant mouvementée qu’à cette période-là. Quand tout fut prêt et qu’il pouvait dire comme le Christ « tout est accompli », les municipales furent organisées après trois années de prorogation ! Le reste fut tout simplement une affaire d’artistes, et la razzia électorale des grandes villes promises à l’opposition fut évitée. Comme illustration on peut juste citer le cas de la mairie de Yaoundé 6, où avec ses 8282 voix, la liste du SDF conduite par un certain Manda Fils, malgré la hardiesse et la détermination du Sous-préfet, a maintenu jusqu’au bout un écart gagnant sur ses principaux challengers du RDPC et de l’UNDP. Mais ça c’était pour les suffrages. Dans les faits, un communiqué radio informa le public après une semaine d’attente, la disqualification de la liste du SDF au profit de celle du RDPC, sous le prétexte qu’elle était conduite par un militant n’ayant pas officiellement démissionné du RDPC. Pas besoin d’être mélomane pour reconnaitre là, une touche de virtuose ! Depuis lors, malgré les ONEL, ELECAM…, le véritable patron des élections demeure le MINAT

La commission mise sur pieds à la tripartite de 1991 pour rédiger une nouvelle constitution est présidée par Joseph Owona. Cet éminent Professeur de droit, expert en problématiques de constitutions, avec à son actif une bonne dizaine de constitutions de pays africains qui portent sa griffe, était assurément l’homme de la situation. C’est pourquoi le texte qui sera promulgué en loi en 1996, et dont on peut lui accorder sans exagération la paternité, sera à ajouter à l’œuvre qu’il lègue à la postérité. Toutefois on ne comprend pas pourquoi cette constitution n’a pas été soumise à un référendum populaire pour devenir la constitution du Cameroun de 1996 ! En effet la constitution de 1975 que cette loi prétend tout juste modifier, accorde les pleins pouvoirs au Président d’une République unitaire, avec un parti politique national unique l’UNC.

Le nouveau texte même s’il maintient les pleins pouvoirs du Président de la République, fait du Cameroun un Etat unitaire décentralisé avec une concurrence politique. Rien que ces changements rendent les deux textes antonymes. Un référendum aurait en plus eu l’avantage d’être précédé d’une campagne d’explications et, bon gré mal gré, bon nombre de citoyens en auraient saisi la quintessence. Alors que la loi de modification quant à elle, a été adoptée par des députés qui pour la plupart ne l’ont même pas lue, plus préoccupés par les mouvements du tiroir-caisse judicieusement actionné pour la circonstance. Ce faisant, il en est finalement sorti un texte qui rappelle le livre Apocalypse de Saint Jean dans la Bible : on le lit pour ne rien comprendre, ou on ne le lit pas pour ne pas chercher à comprendre ! Pas étonnant donc, de constater la parfaite méconnaissance du texte dont font souvent preuve certains panélistes à l’érudition pourtant confirmée, lors des débats télévisés

De toutes les modifications apportées ainsi à la constitution de 1975 par la loi y afférente de 1996, celle qui indéniablement pose problème, est celle de son article 2 : « le Cameroun est un Etat unitaire décentralisé… ». Elle est aussi celle dont la mise en application est la plus attendue et la plus espérée
Pour ce qui est des autres modifications, le Président de la République, en vertu des pouvoirs dont il dispose, peut les appliquer ou les annuler à sa guise et ce en toute légalité ! Il lui suffit tout juste d’éviter le contrepoids de blocage de l’Assemblée Nationale, en disposant de la majorité qualifiée de 2/3 des sièges. Et cette majorité qualifiée il l’a toujours eue depuis que cette loi a été promulguée !
Quant à la concurrence politique, le RDPC en assommant systématiquement tous ses adversaires dès le premier tour de toutes les élections, a vu une cohorte d’opposants présumés, sans doute poussés par l’instinct de survie, déferler dans ses rangs, pour faire du ‘’ruling CPDM’’, le ‘nouveau parti unique’ ! Les partis d’oppositions restants se bousculant pour négocier des alliances ouvertes ou secrètes avec le pouvoir. C’est ainsi que la véritable concurrence s’est transposée au sein du RDPC, pour donner lieu aux batailles fratricides, observables lors des investitures des candidats de ce parti. C’est aussi pourquoi lorsque certains chasseurs de prébendes viennent clamer leur appartenance au RDPC à la télé, comme s’ils avaient décroché l’or olympique, beaucoup de téléspectateurs ne se gênent pas pour les qualifier de pauvres petits c….

Le paradoxe de cette nouvelle donne politique est, qu’au temps du parti unique sans concurrence, le parti était le socle de l’unité nationale et le creuset des réflexions du développement global, alors que maintenant le ‘parti unique’ en démocratie est plutôt venu exacerber les replis identitaires, et faire le lit à la délation, la corruption, à la chasse aux prébendes et à l’arrogance.
Afin d’en faciliter la compréhension de l’enjeu et de la problématique, nous allons schématiser la décentralisation par la parabole du fermier suivante : il y avait un fermier qui avait dix enfants qui travaillaient avec lui dans la ferme. Le fermier subissait le chantage d’un puissant donateur, qui en fait n’avait offert que quelques tôles à la création de la ferme, mais parce qu’il avait réussir à tenir d’une main invisible les bijoux de famille du fermier, il les pressait d’ailleurs de temps en temps sans gêne, pour rappeler que c’était lui le ‘patron’. Au moment des ventes, les enfants recevaient seulement 10 parts, le puissant donateur 50, et le fermier et ses 02 collaborateurs administratifs 40. Malgré les plaintes et la détresse des enfants devant cette iniquité, rien ne changeait. Mais un jour, la fermier dit au puissant donateur, qu’ »il a été décidé « que dorénavant les enfants auront 80 parts des ventes, et lui et son administration 20. En dépit des grincements de dents qui suivirent cette décision, il en fut ainsi et la page fut tournée.

L’architecture actuelle de notre administration nous a été léguée par le colon français. Le colon envoyait ses tentacules au tréfonds de ses colonies, pour les administrer, les opprimer, les exploiter, et renvoyer le produit du pillage à la métropole ! Les nationalistes camerounais n’ayant pas pu vaincre militairement la France pour accéder à l’indépendance comme l’ont fait les Algériens ou les Viêt-Cong, celle-ci est partie du Pays sans partir ! Si donc pour nos régions Yaoundé est le centre, il faut savoir que pour Yaoundé, Paris aussi est un centre ! C’est pourquoi la pratique de la décentralisation requiert la prise en considération de paramètres aussi bien objectifs que subjectifs et même occultes. Cette difficulté apparente expliquerait peut-être, la lenteur qui se manifeste dans la mise en œuvre de cette dernière. Le texte qui légifère sur la décentralisation, a mis 5 ans pour être promulgué, la décennie suivante a été employée à apprendre à appeler Régions, les anciennes Provinces, celle d’après tout un Ministère s’est attelé à chercher ce qu’il fallait transférer et comment le faire ! Pour la décennie en cours on en est encore à miparcours à essayer de comprendre le code général qui est finalement sorti ! Ce n’est plus seulement un processus tracté par une limace, mais carrément de la toile de Pénélope !

Dans tous les textes relatifs à la décentralisation, jusqu’au code général des collectivités territoriales décentralisées, l’attitude de l’Etat est constamment restée celle de cet éleveur qui veut bien vendre sa chèvre, mais refuse d’en lâcher la corde ! Partir sans partir, à l’instar du colon français. C’est bien noble de vouloir calquer Paris, mais il ne faut pas perdre de vue que Paris ne produit pas de richesse, mais seulement de l’influence. La richesse de la France est produite par toutes ces PME/PMI établies à travers les Régions, qui transforment à longueur de temps les produits de la terre et des pâturages, ou produisent des biens et
services sur le sol français ou à l’étranger, aidées en cela par l’influence de l’Etat pour acquérir des débouchés ou des matières premières. Dans ce rôle de l’Etat, tout écart étant systématiquement sanctionné par des grèves massives de rappel à l’ordre. Paris ne se prive pas d’utiliser son influence pour continuer à piller ses anciennes colonies.

Il ne faut pas perdre de vue non plus que Paris a les moyens pour payer des allocations à ses chômeurs ou à ses écoliers , ni qu’il est difficile de servir la France à un haut niveau sans avoir bénéficié au préalable d’un mandat électif local quelconque. Un détail anodin de prime à bord, mais donc l’impact est probant et crucial dans la redistribution de la richesse nationale. Dépourvus du moindre mandat électif, synonyme de comptes à rendre à une base électorale, nos hommes du centre, ne manifestent ni remords, ni états d’âme, devant la pratique de la gabegie ou de la distraction de la fortune publique !
Dans le code général, on constate que l’Etat est partout. Quand l’Etat doit céder quelque chose, latitude lui en est réservée par la précision « l’Etat peut ». Un conseil veut délibérer pour l’exploitation d’un fleuve par exemple ? Un représentant de l’Etat doit être là ! Tout est subordonné au bon vouloir de l’Etat ou encadré par la loi ; et c’est l’Etat qui légifère

Si on considère que le centre, l’Etat, l’administration et les institutions publiques, le pouvoir exécutif, Yaoundé, le pouvoir central, veulent dire quasiment la même chose, cette décentralisation-là, avec l’omniprésence du centre va nous conduire tout droit au mur.
Qui sont donc en fait les hommes du centre ? Une partie des hommes du centre provient des instances dirigeantes du parti unique d’antan, ce qui n’est que très normal. Pour connaitre la constitution de cette oligarchie du parti, la lecture par exemple des listes des délégués au congrès de l’UNC de 1975 à Douala serait très édifiante ! Mais déjà à titre d’illustration, nous pouvons citer quelques noms à la volée parmi les 471 délégués, pour faire remarquer la main mise et l’implication depuis toujours dans la gestion de la République, d’une oligarchie politique. Pour la délégation du Centre-Sud : Motaze Rosalie, Ngo Mebe, Biya Paul, Bella Théodore, Onana Awana, Bol Alima, Emah Basile, Ayissi Mvodo, Bep à Don, Bidias à Ngon, Mayi Matip… pour la délégation du Littoral : Ekwabi Ewanè, Tchouaffe Jean, Mohamed Adamarab, Tanko Hassan, Kadji Defosso, Fotso Victor, Pokossy Doumbè, Sengat Kuo, Mpouma léonard, Mbappè Ngosso, Nguimbous Paul… pour la délégation de l’Ouest : Poufong Etienne, Kuete Mekong, Ndam Njoya, Ngouh François, Ngako Anselme, Tessa Paul, Pachong Adolphe, Fokam Kamga, Kwayeb Enoch, Keutcha Jean…ou pour la délégation du Nord : Akassou Jean, Vroumsia Tchinaye, ElH. Talba Malla, ElH. Abba Boukar, Yeguié Cavaye Djibril, Kamsouloum Arouna, Youssouf Moussa, Hadja Iya Kachi, Mamadou Bako, ElH. Tidjani, ElH. Nassourou, ElH. Ahmadou Hayatou, ElH. Moussa Yaya, Babale Oumarou, Ngomna Bouba, Bouba Danky, Dakole Daïssala, Maïgari Bello, ElH. Oumarou Sarki, ElH. Hamoa Hamantoukour, Iya Paul…

L’autre partie est issue de grandes écoles, avec la part belle faite à l’Ecole Nationale d’Administration et de Magistrature (ENAM). Ce qui est aussi normal et donne un prestige particulier à cette grande école, dont les voies d’accès depuis belle lurette, ne nécessitent plus seulement de la simple intelligence. Il se dit par exemple que pour 100 places, 80 seraient réservées aux poulains des hommes du centre, 10 aux candidats surdoués, et les 10 autres à ceux qui débourseraient des sommes que la décence nous empêche de chiffrer, dans les réseaux tenus par les hommes du centre. Une rumeur malheureusement for corroborée d’année en année, par la présence massive de patronymes bien connus du sérail, sur les listes d’admission ! Ces braves technocrates n’ayant pas la patience des cadres du parti qui savent attendre chacun son tour, ont fini par leur empressement à vouloir gravir les échelons et à s’enrichir à tout prix, par créer un fléau dont le centre aura du mal à se départir : la bureaucratie ! Nocive comme un virus, sournoise comme une jumelle frivole, silencieuse comme la cloche du Diable ! Ceux qui l’ont mise en place sont partis, elle est restée. Censée servir les hommes, elle a fini par les asservir.

Elle se nourrit de la corruption, de la délation, de la prévarication ou des compromissions. Un projet gouvernemental est savamment mal ficelé, c’est elle ! Les stades de la CAN ne sont pas prêts à temps, c’est encore elle ! Elle est autant capable d’entraver les actions gouvernementales que de donner des mauvaises orientations aux décisions du Chef de l’Etat. Dans cette course effrénée vers l’enrichissement, ces technocrates ont même réussi à créer une notion locale du ‘’tiers état’’. Pour un déboursement quelconque, 1/3 seulement va aux caisses de l’Etat, 1/3 allant dans les poches du technocrate, et le contribuable faisant l’économie du dernier 1/3 ! Pas étonnant donc que des individus possèdent plus d’immeubles que la SIC ! Autant de choses qui ont fini par donner au centre la coloration tant redoutée par Ahmadou Ahidjo, in Nation et Développement (1969, p.48) « Ce que nous ne pouvons pas admettre, ce qui est contraire à notre tempérament et à notre idéal de démocratie et de justice sociale, c’est la naissance de classes nettement différenciées, fondées sur la fortune et constituées au détriment d’autres couches de la population ». C’est donc ce centre qui voit en toute tentative de gestion centrifuge de la Cité, une perte de privilèges, qui est malheureusement, chargé de mettre en place la décentralisation. D’où la succession des atermoiements et du dilatoire

L’appartenance au centre étant une affaire d’élite, les heureux élus, imbus de leurs privilèges et for de leurs fortunes mal acquises, sont devenus peu à peu aux yeux des populations, dans une condescendance d’apparatchiks, arrogants et égocentriques, irrigant ainsi dans les cœurs la pépinière de la révolte et stimulant de même, le dégoût de la gouvernance centrale.
Pour dire non à ce centre-là et à ses manœuvres dilatoires, les populations du NOSO, qui avaient déjà du fait de leur héritage britannique, goûté à une gouvernance locale, ont fini par prendre les ‘tchakoum’ et autres ‘ fontem asonganyi’, pour se rebeller contre la République ! Les mêmes causes produisant les mêmes effets, nul n’est besoin d’attendre qu’on sorte les flèches et les sabres au Septentrion, les gourdins et les haches au levant, les pilons et les machettes au méridional, ou les lances et les ‘tchakoum’ au couchant. Car ne nous leurrons pas, l’insurrection, pas celle que certains prétendent voir quand un soulard quelconque tabasse son épouse, ou lorsque des vieillards réclamant leurs droits sociaux, font un sit-in devant l’immeuble étoile ou encore lorsque des politiciens organisent des marches, la vraie insurrection qui a pour combustible la misère et le manque de perspectives, ne se planifie pas, elle est spontanée et n’obéit à aucun mot d’ordre, on la constate tout simplement quand elle est là ! Il est juste question ici de la dernière goutte d’eau qui fait déborder le vase ou de l’atteinte de l’asymptote qui provoque l’inflexion de la courbe, le moment venu aucune conjuration de la Bible ou du Coran ne peut l’empêcher. Au vu de la misère ambiante actuelle, et alors que la population frise les 30 millions d’habitants, et que moins d’un million de personnes seulement, jouissent d’un emploi immatriculé ou d’une pension retraite, on peut à juste titre se demander si on en est si éloigné ! Dans la parabole du fermier, si ‘la décision’ douce provient du fermier, celle des enfants se manifeste toujours par la violence

« Subiata causa, tollitur effectus ». Face à ces sombres perspectives, la décentralisation apparait comme une véritable panacée ! Aussi bien au niveau des relations internationales, où elle peut permettre de se défaire de quelque tutelle insidieuse, car la plus belle femme du monde ne pouvant donner que ce qu’elle a, même le puissant donateur de la parabole du fermier n’a pu que se contenter de tourner la page ! Que sur le plan local, en créant les conditions de redistribution plus équitable des ressources globales, qui vont d’ailleurs s’accroitre du fait d’une combinaison plus judicieuse des variables capital et travail, et bien évidemment, même pour le centre qui pourrait bientôt , si rien n’est fait, devenir un panier de crabes par ces temps de vaches maigres et de dégradation persistante du revenu national qui est son suc vital La présente publication loin d’être une quelconque diatribe à l’endroit du processus actuel, doit être considérée comme un cri d’alerte et une contribution citoyenne, dans une approche purement intellectuelle. Nous étalerons par conséquent dans une prochaine sortie, les détails de nos réflexions et propositions qui portent sur les grands axes suivants :

1/ la réforme agraire
L’Etat a eu recours à l’ordonnance de 1974 portant régime foncier pour s’approprier le domaine national et lancer ses grands projets agricoles, pour sa « révolution verte », visant l’autosuffisance alimentaire. Cette approche de production n’étant plus d’actualité, cette ordonnance devrait être revisitée, pour permettre de gérer la terre autrement

2/ le redimensionnement des communes
Les communes actuelles sont adossées sur les Arrondissements. La création de l’Arrondissement obéit aux critères et mobiles politiques, alors que la commune doit pour être viable respecter le triptyque : superficie-population-potentiel économique. Dans la foulée les attributions des Maires et des Sous-préfets doivent être clarifiées ou redéfinies : on ne peut pas continuer à donner le commandement d’une ville dont la clé est détenue par un élu local à un Sous-préfet !

3/ les ressources humaines
L’harmonisation de l’âge de retraite à 60 ans se faisant encore attendre, ceux des fonctionnaires ou agents de l’Etat qui n’ont pas eu la chance de bénéficier d’un Décret du Président de la République pour jouir d’une prorogation ou être propulsé à une autre fonction, la reconversion au secteur privé étant un casse-tête à cause de la non accessibilité du crédit bancaire, se retrouvent après 55 ans, parce qu’incapables de se soigner décemment avec leur nouveaux revenus de catéchistes, en train d’être conduits à leur dernière demeure, la tête bourrée d’expérience, le corps encore plein d’énergie, sans même avoir eu le plus souvent, le temps d’inculquer du caractère à leurs petits-enfants. Nous expliquerons comment ce gisement de main d’œuvre qualifiée senior pourrait être exploité par les communes

4/ La législation locale
Nul n’est besoin d’une loi nationale pour gérer l’insalubrité par exemple, une délibération régionale pouvant faire l’affaire

5/ La production des richesses
Les sociétés d’Etat à caractère agropastoral, doivent être reversées à la gouvernance locale. Pas besoin par exemple de toute une Entreprise Publique pour gérer la riziculture à Yagoua-Maga-Pouss
L’actionnariat des autres entreprises publiques, pouvant évoluer ainsi qu’il suit :
– 40% de parts pour le secteur privé
– 30% de parts pour le fonds d’investissement d’Etat
– 25% de parts pour les entités publiques collectrices d’épargnes (Caisse d’Epargne Postale, Caisse de Sécurité Sociale…etc.)
– 05% de parts pour le personnel Concernant les postes de Directeurs Généraux et leurs Adjoints, les candidats pourraient postuler désormais par tandem. Les tandems dont les dossiers de candidatures sont jugés recevables, passeraient un oral devant le conseil d’administration, pour défendre et soutenir chiffres à l’appui, les objectifs qu’ils s’assigneraient à court et à moyen termes. Le tandem retenu serait nommé par le conseil d’administration.
Les projets de production agropastorale, pensés et listés dans les cinquième et sixième plans quinquennaux de l’époque, qui ont connu des travers, doivent être repris par la gouvernance régionale

6/ La redistribution de la production globale
Tel que l’explique l’expert en problématiques de décentralisation Jacques Bimaï, les communes n’étant pas logées à la même enseigne pour ce qui concerne la population et les ressources naturelles, une matrice de dispatching du revenu global doit être établie. Les modalités de collecte de ce revenu global doivent être clairement définies. C’est ce revenu global diminué des charges de fonctionnement de l’Etat et des institutions, des réserves stratégiques, des provisions pour investissements structurants et de l’amortissement de la dette nationale, qui est redistribué aux Régions, via le centre de dispatching. Par exemple, les carrières de Njombé-Penja doivent être exploitées par la commune, toute autre entité pouvant le faire en partenariat avec la commune. Mais comme c’est une ressource naturelle, une quotité du revenu qu’elle en tire, ira rejoindre les collectes de l’administration centrale (produits du commerce extérieur, droits de douanes…etc.) pour constituer la cagnotte globale, alors que les impôts et taxes collectés dans les autres secteurs d’activités resteront complètement sur place C’est cette décentralisation-là, qui permettra de vivre le libéralisme communautaire dans toute sa plénitude

Par : Jean Jacques E. Nsiah*
*Assureur-Economiste Ecrivain

Opinion

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