Cinéma : La vengeance à deux visages

Projeté le 23 décembre à Yaoundé et les 26 et 27 décembre à Douala, Innocent(e), de Franck Thierry Léa Malle séduit par son scénario bien ficelé et un jeu d’acteur captivant.

 «Innocent(e) », le 1er long métrage de Franck Thierry Lea Malle plonge le cinéphile au cœur d’une histoire qui lui semble familière. Nous sommes en pleine élection municipale à AbongMbang dans la région de l’Est. Les campagnes battent leur plein. L’homme d’affaires le plus riche de la localité interprété par Ferdinand Tiognou Tadzong pense pouvoir utiliser sa fortune pour faire pencher les votes des électeurs en sa faveur. Mais le voilà éclaboussé par une affaire de viol sur mineure. Angèle Mdomb (Fidèle Ngo Bayigbedeg), 17 ans l’accuse de se livrer à des crimes rituels. Il s’en défend et attaque son accusatrice pour tentative de meurtre. La ville est en émoi. L’enquête est confiée au sous-officier de gendarmerie Joséphine Mbuntcha, campé avec brio par l’actrice Virginie Ehana.

La jeune femme traverse des moments difficiles dans son couple face à un mari au chômage et s’étant réfugié dans l’alcool. Elle devra faire preuve de persévérance pour résoudre cette affaire qui s’avère plus complexe qu’elle parait. Les pressions viennent de toutes parts y compris de sa hiérarchie.
En réalité, « Innocent(e) », repose sur un questionnement philosophique. Qu’estce que c’est que la justice ? Les lois qui régissent nos sociétés permettent-elles toujours de rendre justice ?
« Innocent(e) », c’est aussi une sombre histoire de vengeance. Celle d’une sœur qui ne s’est jamais remise de la mort de sa cadette transformée en objet sexuel par le « Sugar daddy ».

Emeutes Abong-Mbang
Telle est la trame de ce magnifique thriller. En 100 minutes, les cinéphiles ayant fait le déplacement du palais des congrès n’ont pas vu le temps passé. Tant le film est captivant, plein de rebondissements. Le 23 décembre, Franck Thierry Lea Malle et son équipe ont eu droit à un standing ovation.
« Innocent(e) », s’illustre par de nombreux points forts. Un scénario bien ficelé à travers lequel le réalisateur de 32 ans aborde avec finesse des sujets comme la condition féminine (Joséphine Mbuntcha mène de front carrière et vie familiale). Et comme toujours dans les films de Franck Thierry Lea Malle, il y a ces petits détails qui font la différence. Une des scènes de l’enquête se déroule à la lueur des lampes tempêtes. Subtile manière pour le réalisateur d’évoquer les délestages très récurrents dans la région et à l’origine, des émeutes de 2007 dans la ville.

La qualité des dialogues brille par son originalité. Plusieurs phrases du film sont devenues cultes. Au niveau du casting, le réalisateur a fait un bel équilibre en entre jeunes talents et acteurs confirmés. Virginie Ehana, Fidèle Ngo Bayigbedeg, Ferdinand Tiognou Tadzong font corps avec leurs personnages. Même si une sorte de timidité semble empêcher Mlle Bayigbedeg de laisser libre cours à son talent. 5 minutes d’apparition à l’écran ont suffi à Eshu Rigo pour arracher les acclamations du public. Et que dire de la photographie ? Elle dévoile Abong-Mbang sous ses aspects touristiques. Franck Thierry Lea Malle a tenu son pari. Celui d’offrir un film respectant les normes internationales en la matière. Un film à voir. Absolument.

Elsa Kane

Culture

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *