Le 17 mars dernier, la secrétaire exécutive de la Commission économique des Nations-unies pour l’Afrique, Vera Songwe, intervenant dans les colonnes d’un média français alertait à juste titre sur les risques et les conséquences de la pandémie sur le continent. En pointant la forte dépendance des économies africaines vis-à-vis de leurs partenaires chinois et européens notamment, elle montrait combien les pays africains étaient fragiles et subiraient l’onde de choc d’une crise sanitaire, économique et financière mondiale. Pourtant, au-delà de ce constat, n’est-il pas justement le lieu de s’interroger sur l’opportunité historique qui s’offre à l’Afrique. Pour les dirigeants africains, quelques constats et interrogations devraient rapidement interpeller.

Le premier nous fait comprendre que la crise actuelle montre les limites du commerce international tel que pratiqué jusqu’à présent, tout en nous interpellant sur les avantages comparatifs réels des gains à l’échange sousjacents. En effet, basé sur les chaines de valeurs et de productions mondialisées, le monde s’est grippé une fois que les usines chinoises se sont mises à tousser, provoquant une crise de l’offre en biens manufacturiers.
Le second constat est l’essoufflement d’un modèle financier actuel qui peine à redynamiser les économies occidentales. Ainsi, malgré des recapitalisations et des aides financières à plusieurs milliards d’euros et dollars aux économies et entreprises, les places boursières peinent à se relancer. Les actions matérielles et immatérielles des économies de services étant fortement dépendantes d’un facteur de production capital: l’humain, ce dernier ne peut se remettre au travail tant que le Covid-19 sévira. Or, la crise sanitaire empêchant toute activité du secteur tertiaire, ou du moins une bonne partie, on peut se poser une question qui a toujours passionné les économistes, celle de l’origine même de la richesse.

De l’avenir de l’Euro pour le FCFA…
Constatations faites, la question du futur de l’Euro et incidemment du FCFA peut se poser, ceci au moment où
: d’une part, la ‘‘mise en confinement’’ des règles de disciplines budgétaires des pays de l’Union Européenne et du pacte de stabilité et de croissance vont ouvrir le chemin à un surendettement des pays et potentiellement à une crise des dettes de souveraineté. D’autre part, la contraction des économies basées principalement sur les services depuis la mise en vigueur des mesures de confinement impactent sur les indices boursiers.
Si on se doute qu’il n’y aura pas un alignement des mesures en zone Euro au profit de la Zone CFA, ne serait-il pas intéressant de savoir quelle est la position des banques centrales africaines et quelles dispositions sont prises au-delà même de la question de l’avenir des deux monnaies, pour soutenir les efforts des pays africains dans la lutte contre la pandémie?

La question des surplus de production des matières premières?
Il convient de s’intéresser à l’état du marché au moment où survient cette triple crise sanitaire, financière et économique. En effet, malgré l’arrêt des usines chinoises, l’offre africaine en matières premières (sol et sous-sol) était toujours présente certains secteurs tels que les hydrocarbures enregistrant même des « surstocks ». Que faire de ces surplus de production ? Vendre à perte ou faire des réserves comme la fourmi avant l’hiver ?
Autre fait, et non pas des plus anodins, le paiement astucieux par le Tchad d’une partie de sa dette à l’Angola par des têtes de bœuf prouve que des solutions alternatives répondant aux spécificités environnementales et culturelles sont possibles. Preuve que les Etats dans une dynamique d’unions d’économies proches géographiquement et sur un modèle d’équation de gravité, peuvent d’une part générer en ayant des échanges croisés denses, des avantages comparatifs et des gains à l’échange et développer d’autre part, de nouveaux types de solidarités et de partenariats, soutenables, adaptées et valorisables.
Au final, alors même que la crise n’a pas encore comme d’aucuns le prophétisent exterminer les populations africaines et leurs économies, n’estil pas l’heure pour les gouvernants de poser résolument les jalons d’une réflexion prospective sur les besoins réels des populations pendant et après le passage du COVID-19 en y incluant des pistes de solutions via l’intégration communautaire à l’échelle sous-régionale suivant la nature de besoins identifiés.

Théo Bumtjé.

Opinion

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