Crise anglophone et Mrc : S’engager est un devoir pour le chrétien

Pistes de réponses à nos amis chrétiens qui ne comprennent pas la motivation théologique de notre présence à Kondengui.

Plusieurs d’entre vous, amis, camarades de mouvements religieux, laïcs engagés et membres du clergé êtes venus nous réconforter, par vos visites, depuis notre interpellation. Que ce soit à la Police Judiciaire de Douala, au GSO de Soa, au GMI, au SED ou à la prison de Kondengui. Nous vous en sommes infiniment reconnaissants. Pour cet acte de charité pur, pour vos messages, mais aussi pour vos questionnements. Et au nombre de ceux-ci, l’un a attiré l’attention, par sa singularité et son ambiguïté : la présence des chrétiens engagés et pratiquants, en prison, pis dans une affaire aux relents politiques.
« Qu’est ce vous êtes allés faire en politique ? » ; « Je ne savais pas que vous faisiez de la politique », « On peut vous tuer » etc. sont quelques unes des évocations majeures de ceux parmi vous qui semblent persuadés que c’est un péché de faire la politique ; que c’est anormal d’être partie prenante à une manifestation pacifique ; qu’étant donné qu’on ne peut pas faire la politique avec les mains propres, il faut donc s’en éloigner.

La politique, c’est pour l’humain
Le Compendium de l’Enseignement Social de l’Eglise au N°384 nous prévient que la personne humaine est la fin de la communauté politique. A cet effet, toute la richesse est bâtie pour être distribuée à ses membres. S’adressant au Cardinal ROY dans une encyclique intitulé « l’Engagement politique du Chrétien », le Pape PAUL VI, instruit ceux-ci sur ce que c’est que le communisme, le socialisme, le néolibéralisme, le capitalisme, et pour chacun de ces systèmes, il clarifie les avantages et les inconvénients afin qu’ils puissent s’engager pleinement pour être le sel dans ce milieu. L’histoire nous apprend que Thomas More, Homme politique Anglais a été canonisé et consacré comme Patron des Hommes Politiques, Plus près de nous, l’ancien président Tanzanien Julius NYERERE pourra être canonisé car sa cause a été déjà introduite.

Tous les chrétiens doivent s’impliquer pour apporter leur contribution en politique. Comment peut-on imaginer un chrétien dormant tranquille au milieu des morts par milliers, à la vue des personnes déplacées, des réfugiés intérieurs et extérieurs, avec l’écho macabre de la guerre qui sévit dans la région Anglophone. Pour éviter la guerre, l’Eglise nous interpelle au N° 2302 dans le catéchisme en ces termes : « A cause des maux et des injustices qu’entraine la guerre, l’Eglise presse instamment chacun de prier et d’agir pour que la bonté divine nous libère de l’odieuse servitude de la guerre. Chacun des citoyens et des gouvernants est tenu d’œuvrer pour éviter les guerres » Ainsi, comme à CAEN, Dieu interpelle chacun de nous sur les morts en région Anglophone. C’est clair qu’au delà de la prière, il faut agir: qu’as-tu donc fait ? Qu’attends-tu ? Sur quoi serons-nous jugés? Sur la prière ou l’action ? Notre catéchisme est clair, nous serons jugés sur l’action entreprise contre la paix.

« Soyez en colère », St Paul
Comme d’autres chrétiens indignés, moi aussi je suis en colère. Comment ne pas être indigné et en colère lorsque dans un processus électoral on nous présente de faux sondages, ensuite de faux observateurs prétendus d’un Transparency International imaginaire et enfin de faux résultats ! L’engagement à répondre à l’appel du MRC, à protester contre l’indifférence face aux morts dans la région Anglophone, rencontre la frustration que je ruminais. Un chrétien peut il se mettre en colère, ou doit il faire la politique de l’autruche ? L’enfant à partir d’un an ou moins manifeste sa colère quand il jette tout ce qu’on lui donne dans le but de se faire entendre. La colère est donc un acte naturel qui « exprime la dignité de la personne et détermine la base de ses droits ». Selon le catéchisme de l’Eglise Catholique et St Paul nous enseigne « Soyez en colère mais ne péchez pas »

Ainsi donc les apôtres écoutent la revendication des veuves grecques qui étaient négligées au profit des veuves juives et créent la diaconie. De toutes les marches organisées sur l’ensemble du territoire national, personne n’a signalé un acte de vandalisme, même pas une éraflure sur un véhicule, où donc est le péché commis ? La colère est dangereuse si elle s’accompagne d’agressivité et de violence mais elle est normale selon Jacques POUJOL qui précise « on se met en colère légitimement lorsque quelqu’un enfreint, minimise, dénie, ignore un de nos droits » l’apôtre de la paix Martin Luther King nous dit que « lorsque je suis en colère, je sais bien écrire, bien prier, bien prêcher, mon esprit est aiguisé, libéré des tentations du monde» la colère a donc quelque chose de positif en ce sens qu’elle nous aide à avancer, à augmenter en nous le désir d’agir pour ne pas nous plonger de manière durable dans la procrastination; La colère ne figure parmi les sept péchés capitaux que pour son coté violent et l’agressivité négative qu’il peut engendrer. Ainsi La marche blanche fait donc partie des comportements naturels qu’on devrait avoir pour exprimer le dégoût, le rejet des différentes frustrations. La colère nous amène à poser des actes ponctuels, si le résultat ne nous satisfait pas, alors nous entrons dans la resistance.

La résistance est légitime
La Bible est pleine de témoignage des apôtres qui résistent au prix de leurs vies quand on les persécute pour ne pas parler de Jésus Christ. St Paul a ainsi résisté à St Pierre aux Ga 2, 11-13. « Mais lorsque Pierre vint à Antioche, je lui résistai en face, parce qu’il était répréhensible. En effet, avant l’arrivée de quelques personnes envoyées par Jacques, il mangeait avec les païens; et, quand elles furent venues, il s’esquiva et se tint à l’écart, par crainte des circoncis. Avec lui les autres Juifs usèrent aussi de dissimulation, en sorte que Barnabé même fut entraîné par leur hypocrisie».

C’est aussi le cas de Mical fille du roi David qui est donnée en mariage sans son consentement, avant d’être remariée, toujours sans son avis à un autre du nom de Patheil. Elle se défend et revendique son droit en refusant de porter une grossesse. Aux états unis, l’apôtre de la non violence, le très célèbre Martin Luther King, résiste à la ségrégation raciale inscrite dans les lois par diverses actions qui lui coûteront même la vie. Mais c’est ce sacrifice qui a contribué à la relative paix dans laquelle les noirs vivent aujourd’hui dans ce pays. Plus près de nous, Nelson MANDELA refusa de sortir de prison si l’égalité des droits de vote entre les races (un homme égale une voix) n’était pas actée et appliquée. Il résista en prison pendant 27 ans.

De 1992 à 2011, en passant par les élections intermédiaires nous avons pratiqué la technique de l’évitement du conflit, en ne posant pas sérieusement le problème des élections mal organisées. Cet évitement nous a malheureusement conduits dans l’impasse que nous vivons actuellement. La guerre dans la région Anglophone, comme les élections régulièrement fraudées nous conduisent maintenant à insister pour l’organisation du dialogue inclusif, et au réexamen du dispositif électoral, seul gage de la création de richesse et de la prospérité pour tous les camerounais.

L’Enseignement Social de l’Eglise constate que les conditions ne peuvent pas se réaliser pour que puisse se mettre harmonieusement en place ses principes sociaux qui sont : la destination universelle des biens, la subsidiarité, la participation, le bien commun, la solidarité. Si les valeurs de liberté de justice, de vérité et d’amour ne transcendent pas dans tous les actes qui nous gouvernent, nous devons recourir au « droit à l’objection de conscience» le Compendium au N° 399 précise : « le citoyen n’est pas obligé en conscience de suivre les prescriptions des autorités civiles, si elles sont contraires aux exigences de l’ordre moral, aux droits fondamentaux des personnes et aux enseignements de l’Evangile».

Jésus est le chemin, la vérité et la vie. Nier le vrai, est une méthode primitive selon Jacques POUJAL, pour faire disparaître ce que nous craignons. Organiser des élections transparentes de bout en bout depuis les inscriptions sur les listes électorales jusqu’à la proclamation des résultats est un défi qui nous oblige. Ainsi donc le N° 401 de L’Enseignement Social de l’Eglise traite de la question de résistance face aux blocages divers, recommande de préférer en lieu et place de la violence la résistance passive (Marches Blanches, meeting, réunions etc.) « plus conformes aux principes moraux et non moins prometteuses de succès ».

Enfin lorsque Jésus Christ nous quitte, il nous donne un trésor, « je vous donne ma paix, je vous laisse ma paix » qu’en avons-nous fait ? L’avons-nous promue ou dévoyé ? notre responsabilité est engagée au delà de la prière, l’action confère Catéchisme de l’Eglise Catholique au N°2302, il faut agir, il faut prendre conscience que l’avenir du Cameroun dépend à la fois de ce que tu dis, de ce que tu fais, et ce que tu fais est ce qui fait bien bouger les lignes; l’homme crée à l’image et à la ressemblance de Dieu en tire avantage pour le respect de ses droits fondamentaux, les lois injustes placent les hommes droits face à des dramatiques problèmes de conscience, c’est pourquoi le fondement du droit de résistance est un droit de nature pour le chrétien, le croyant et pour tous. Si nous voulons lutter pour la justice et le bien commun nous ne pouvons pas rester hors de l’arène comme spectateur.

Jean Baptiste HOMSI, Board Member UNIAPAC,
Chairman PADIC Prison Centrale de Yaoundé 09-05-2019

Opinion, Une

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