Messieurs les procureurs et leurs assistants occasion nels dans la violation des droits de l’homme, permettez pour une fois, que je plaide les circonstances atténuantes pour les délinquants. Ils ne m’ont pas mandaté pour le faire et la distance entre eux et moi est tellement grande que je doute que la plupart d’entre eux puissent un jour avoir la possibilité de me croiser pour me dire merci, d’avoir publiquement porté leur croix. Donc, de grâce, prenez-moi pour ce que je suis : un homme de bonne foi. Avez-vous déjà entendu parler du « mandat » ? Il ne s’agit assurément pas de ce bout de papier à problème dont parle le roman du Sénégalais Sembène Ousmane. Des doutes ?

Il suffit de se rappeler ce chef d’œuvre descriptif de Jean Marie Atangana Mebara, ci-devant prisonnier de l’Opération Epervier et ancien Secrétaire général de la Présidence de la République, lorsqu’il a pensé à donner des conseils à ceux qui pourraient le rejoindre un jour en prison. Puisqu’il s’agit d’un homme dont la piété a été attestée de nombreuses fois par des évêques catholiques plus qu’ordinaires, je le crois sur toute la ligne. L’ancien Ministre de l’Enseignement supérieur, un vice-roi devenu pestiféré, explique la difficile vie de détenu au Cameroun, sur le détail de là où il doit dormir. Un petit matelas d’un mètre de large ou moins, sur lequel l’on s’étend pour tromper les nuits et qu’on plie pour garder chaque matin.

C’est qu’au-delà de la surpopulation carcérale, les prisons camerounaises, qu’elles soient centrales, principales, secondaires ou même spéciales, ne ressemblent pas beaucoup à ces jolis centres de correction qu’on a sous d’autres cieux, à ces centres dits de réinsertion sociale ou de rééducation civique ! Outre que ce sont des bâtisses qui datent d’une certaine époque, l’air doit y être très rare. L’espace inexistant. Une simple tu berculose qui déclenche chez un détenu a l’habitude de faire de très nombreux dégâts collatéraux, comme on l’a souvent vu à New Bell ou Kondengui. Combien de fois un individu ayant à la fois la toux, un écoulement nasal et de la fièvre ou surpris en flagrant délit de copinage avec des personnes portant le coronavirus ou de retour des pays atteints ?

Mardi, le Premier Ministre chef du Gouvernement, dans un air de fâcherie, m’a fait peur, vraiment peur, en promettant d’appliquer la loi, au sujet de ceux qui refusent de respecter les consignes et participent à la diffusion de la pandémie. « Les personnes qui refusent d’observer ces mesures de restriction, sous quelque prétexte que ce soit, mettent en danger leur propre vie, celle d’autrui et de la nation toute entière. Les actes d’indiscipline, d’insouciance voire d’inconscience qui ont été observés ces derniers jours, contribuent fortement à l’expansion de cette épidémie dans notre pays. C’est pourquoi, sur très hautes instructions du Président de la République, les mesures de restriction qui ont été prises le 17 mars dernier, dans le cadre de la mise en œuvre du Plan de riposte contre le coronavirus, seront désormais appliquées avec la plus grande rigueur et les contrevenants seront sanctionnés » a déclaré Joseph Dion Ngute. Depuis qu’on en parle en effet, de très nombreux responsables publics caressent l’envie de voir punir les récalcitrants. Nous sommes allés lire le Code pénal comme eux, article 260 :
« Est puni d’un emprisonnement de trois (03) mois à trois (03) ans celui qui, par sa conduite, facilite la transmission d’une maladie contagieuse et dangereuse.»

La loi, dit-on, est générale et impersonnelle. Donc ne vise d’emblée personne en particulier, en dehors de ceux qui se mettent en travers de ses objectifs de réglementation et de cohésion. Et d’ici, j’imagine le premier sous-préfet zélé qui va déclencher la frénésie, en arrêtant à mains nues les premiers contrevenants et en les faisant conduire dans la première maison d’arrêt à sa porportée. En espérant qu’il réussira à ne pas être contaminé, on passera de la pandémie à la catastrophe. Messieurs, ne le faites donc pas, sauf si vous avez le plan de finir comme on dit dans mon quartier, avec des gens qui vous dérangent, ne vous servent
à rien et que vous passez le temps à entretenir. Sur le plan alimentaire, sanitaire, sécuritaire… On voudrait tuer tous les prisonniers d’un pénitencier qu’on ne s’y prendrait pas autrement.

Car notre corona-malade, une fois dans cet espace où il manque d’espace, où il manque d’air, où les gens dorment les uns collés aux autres sur les mandats, se lavent en plein air, utilisent des toilettes innommables, il va contaminer tout le monde en un tour de poumon.
Autant le dire vite, ce n’est pas dans nos prisons que les délinquants trouveront les mesures d’hygiène et de confinement recommandées pour barrer la voie à la pandémie. Il faut bien éduquer les masses à respecter leurs propres vies autant que celles des autres. Je n’oublie pas qu’on parle d’une société où on enseigne le mensonge aux enfants et pense qu’ils vont devenir vertueux, par un coup du sort. Alors pourquoi ne pas essayer la chicotte publique avec eux, comme au bon vieux temps des colons ? « Les oreilles du Nègre sont aux fesses », raillet-on les Allemands.

Par Franklin Kamtche

Chronique

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