Des dérives barbares

Le Cameroun refuserait-il la civilisation ? Cette question qui peut paraître incongrue de prime abord revêt tout son sens quand on considère la montée vertigineuse de la violence dans notre société. Un chauffeur de taxi et un passager qui s’étripent sur la chaussée pour une pièce de cent franc, un homme qui refait le portrait à son épouse devant une foule de curieux qui se délectent devant le spectacle, deux « débatteurs » du Dimanche qui en viennent aux mains dans les couloirs d’une radio pour aplanir leurs divergences d’idées ; les scènes de ce genre sont désormais d’une banalité extrême dans notre pays. Sauver le Prince !

Où est donc passé le consensus civilisationnel minimum nécessaire à la vie politique ? A l’évidence, la fameux Contrat Social Rousseauiste qui fonde la démocratie et s’évertue à corriger les tares d’une société originellement corrompue est en péril au Cameroun. Au quotidien, on observe une résurgence d’instincts grégaires et de cette brutalité gratuite qui sont le propre de la barbarie. C’est à l’Etat, lieu par excellence du consensus social que revient le rôle proéminent de régulation, de contrôle et de coercition de ces comportements abrupts qui embastillent l’humain dans ce qu’il a de plus primaire. De plus bestial. L’Etat, nous disait le philosophe Anglais Thomas Hobbes, c’est le « Léviathan ». C’est lui qui consacre la force publique que lui concède le citoyen qui à l’état sauvage n’est rien d’autre qu’un loup pour son semblable.

Mais que fait l’Etat au Cameroun ? Au lieu d’exercer la force publique dans le strict sens de la justice et du bien commun, il l’exerce trop souvent au service du Prince dont on veut sauvegarder le pouvoir sur les décombres d’une population à l’agonie. L’acharnement physique des autorités investies de la puissance étatique contre des membres des partis politiques et des organisations de la société civile au Cameroun sont le reflet d’une société qui se réclame de la modernité tout en lorgnant perpétuellement dans le labyrinthe de la barbarie et de son corollaire de réflexe animaliers. Il est temps qu’au Cameroun les autorités de police et de gendarmerie comprennent que la seule détention d’une parcelle de la force publique ne peut constituer un droit absolu et univoque à en abuser à sa guise. Dans un Etat de droit, la force et la violence publique s’exercent suivant les modalités fixées par la loi et suivant le strict respect de la personne humaine. Est-il encore besoin de citer l’exemple de la Métropolitain Police de Londres dont le personnel allie admirablement la courtoisie, le respect de la citoyenneté et une efficacité implacable en matière de sécurité ? Dans une société qui aspire à la modernité, Il n’est point besoin de montrer ses muscles à tout bout de champ pour se faire entendre. L’humain commence même avec la capacité de repousser ses pulsions bestiales pour s’ouvrir à la lumineuse inspiration de la pensée qui gouverne les esprits civilisés.

Par Hiondi Nkam IV

C’est vendredi

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