Exposition : L’épopée de Yasuke, l’esclave devenu samouraï

A travers 17 grandes planches de bandes dessinées, le public de Yaoundé est allé à la découverte de l’histoire du 1er noir et étranger à intégrer l’élite guerrière nippone.

La pluie tombe en petites gouttes sur Yaoundé ce vendredi soir du 22 juin 2018. Sur les hauteurs du palais des Congrès, un décor exotique attend les invités conviés au vernissage de « Yasuke, l’esclave samouraï ». Un projet initié par Subsahara Group, une structure œuvrant pour la création artistique et la sensibilisation à l’art contemporain. Des hôtesses habillées en «Yukuta », tenue traditionnelle japonaise sont placées en rang d’oignon devant l’entrée.

Elles tiennent des tiges d’encens embaumant l’air. Deux seaux en fer pleins de charbons sont placés aux extrémités des portes répandent une bouffée de chaleur.
Le décor de bambou, l’occupation de la scène par des artistes habillés en haillons invoquent le Japon et le travail des esclaves dans les champs de cannes à sucre. Un effet recherché par Anne-Sophie Omgba, Pdg de Subsahara Group qui veut proposer « une immersion sensorielle, une expérience unique ». Mieux, une plongée dans la grande histoire. Celle encore méconnue de Kurusan (noir) Yasuku, l’esclave devenu samouraï.

Que nous apprend-t-elle cette histoire contée avec talent par Arsène Beyene qu’accompagnait les danseurs et chanteurs de la troupe « Wanga étoile polaire » ? Elle nous enseigne la bravoure, l’amitié et surtout l’ouverture d’esprit de l’un des plus grands seigneurs de guerre de l’histoire du Japon Oda Nobunaga qui, frappé par son intelligence et sa force physique se prit d’affection pour un étranger brutalement arraché à sa terre. « Il mesurait six shaku et deux sun [Ndlr: près de 1,90mètres]. Il était Noir… et sa peau était comme du charbon de bois ». Ces extraits tirés d’un livre de Serge Bilé nous apprend aussi que Nobugana offrit sa fille adoptive en mariage et autre signe de confiance autorisa à Yasuke de porter les deux sabres, symboles de la caste des samouraïs.

Pour « dessiner de nos esprits » le contexte de l’histoire Anne-Sophie Ombga a opté pour une démarche artistique faisant appel à la bande dessinée historique. Les 17 planches gênantes (2x 2 mètres) illustrant les épisodes de la vie de Yasuku (le repos du guerrier, le maitre des sabres etc) ont entièrement été réalisées par un artiste local, le bédéiste Raimi Sewado. « Cette œuvre est pensée comme un outil pratique pédagogique qui prend autant en compte le traitement des œuvres et des lieux que la qualité de réception du public », a dit Anne-Sophie Omgba. Ryuichiro Kobayashi, conseiller à l’ambassade du Japon au Cameroun s’est réjoui de ce projet montrant l’antériorité des relations entre l’Afrique et le Japon.

Elsa Kane

Culture

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