Fally Ipupa : Les secrets d’un succès foudroyant

A 40 ans, le chanteur congolais a réussi à mettre tout un continent à ses pieds. Il est certes né avec une guitare à la main mais a dû sacrément travailler ses gammes pour trouver la bonne partition. Décryptage d’une mélodie envoûtante.

La vraie magie c’est le travail
On connait la rengaine. Il est quasiment impossible que la réussite soit unanimementsaluée en Afrique comme le simple fait d’un travailacharné, d’un talent affirmé. Avec FallyIpupa aussi, l’on a droit à une litanie de fables les plus rocambolesques les unes que les autres pour expliquer son ascension fulgurante dans le monde musical. « C’est un homosexuel », disent certains. « Non un bisexuel », corrigent d’autres en insistant sur le légendaire coup de rein du chanteur et en arguant de ce que son mariage avec « Nana Ketchup » et les 5 enfants issus de cette union ne sont qu’une farce pour camoufler un credo sectaire. Encore plus inspirée, une frange de la population soutient que Fally Ipupa est membre d’un puissant ordre mystique aux Etats-Unis qui lui aurait permis, entre autres, de rentrer en contact avec le célébrissime R Kelly avec qui il signe un featuring suave dans son dernier album. Pour moquer cette ineptie, Ipupa n’a de cesse de crier Hustler à l’entame de ses chansons pour bien faire remarquer qu’il se revendique du groupe mystique
Et pour ceux qui douteraient encore de sa puissance magique, il se fait nommer El Rey Mago pour définitivement clore le débat avec cette partie du public qui le soupçonne d’user de sortilèges pour tomber des cœurs. Car il sait combien il serait vain pour lui de rappeler le périlleux parcours qui l’a hissé au sommet de la musique africaine. De raconter ses débuts compliqués dans le célèbre quartier de BandalundaàKinshasaoù vous croisez des chanteurs en herbes sur tous les mètres carrés.

De dire que son arrivée dans le groupe Quartier Latin de Koffi Olomide avait déjà été saluée dans son pays comme le transfert du siècle, ce qui lui avait valu le surnom d’Anelka. De dire qu’il a beau être talentueux, iln’est pas un surdoué de la musique. Qu’il n’a pas la finesse vocale d’un Papa Wemba ou même l’ingéniosité monstrueuse d’un Koffi Olomide. Qu’il a dû cravacher ferme pour s’extirper d’une timidité naturelle et de sérieux problèmes de diction (il zozote) pour devenir le chanteur à succès qu’il est aujourd’hui.
A quoi ça sert de s’échiner à convaincre ceux qui refusent d’entendre, doit bien se dire le chanteur. Pourtant, fait rare dans le monde du showbiz,FallyIpupa est un excellent guitariste (c’est grâce à ce talent qu’il aurait séduit R Kelly lors d’une rencontre à Paris) qui met un point d’’honneur à construire ses chansons autour d’un lyrisme recherché et d’une orchestration musicale soignée. Et pendant que DJ Arafat nous soulait avec son tintamarre de boite à sardines qui a d’ailleurs fait des émules au Cameroun, pendant que Serges Benaud se perdait dans son style monocorde et que les Toofan avaient fini par nous fatiguer avec leurs géniales chorégraphies d’adolescents,Fally prit 05 bonnes années pour cuisiner son Tokoos qui écrase aujourd’hui tout sur son passage.« Chacun de mes albums me prend environ quatre ans, car je recherche une certaine perfection, dit-il. Pour Tokooos, on a enregistré trente titres pour n’en garder que dix-huit. Mais ça, c’est un problème de riche ! ».

Collabo…
La force, sans doute la plus redoutable, de Fally Ipupa réside dans son éclectisme et son ouverture d’esprit. L’artiste ne se prend pas pour un illuminée qui de tiendrait le feu sacrée de la musique. Il a déjà signé une de collaborations et son dernier album Tokoss est une audea la mixité musicale.
L’art de Fally Ipupa n’est plus de la rumba, dit-il. Ce n’est pas non plus de l’afropop, style porté au pinacle par ses amis stars de Lagos. « Moi, je ne fais pas de l’afropop mais du tokooos, de la musique congolaise urbaine internationale. » Tokooos, c’est un mot qu’il a inventé en dérivant de kitoko qui signifie « beau », « positif » en lingala, raconte l’artiste fier de son concept. C’est son style musical qu’il a créé, mais aussi le nom de son studio et de chaîne de télévision de divertissement qu’il s’apprête à lancer de Kinshasa, sa base, sa ville « où l’on vit à 100 à l’heure » mais dont il ne peut s’éloigner plus de trois mois.
Le seul à pouvoir dire sans se vanter : « Wizkid est un frère. On se connaît depuis huit ans et dès ses débuts je trouvais ce petit très fort. » Tous deux ont enregistré sans faire de bruit à Paris. Ils se retrouvent sur le quatrième album de Fally Ipupa, Tokooos, sorti vendredi 7 juillet. Dix-huit titres, en lingala, en français et en anglais, sur lesquels la voix suave de l’artiste congolais de 39 ans côtoie celles de la star de l’afro-trap, MHD, du rappeur Booba ou encore du baron américain du R & B, R.Kelly. Il en ressort plusieurs tubes qui tournent déjà en boucle dans les mégalopoles du continent.

« Transcender notre culture »
Le style du prince de la rumba congolaise a évolué. Il s’est « urbanisé », modernisé tout en conservant ces mélodies lancinantes d’Afrique centrale qu’il renouvelle. « Je voulais faire un album urbain mais authentique. Je prends le bon côté de l’ancienne génération que je mixe avec notre culture plus globale qui intègre des sonorités empruntées au hiphop américain qu’on écoute, ditil lors d’un passage à Paris. Pour rien au monde, je ne négligerai mon public de base, exigeant et chauvin. Je veux transcender notre culture pour l’amener plus loin et la présenter dans le monde entier. »

Il connait ses limites et fait ecrire plusieurs de ses chansons par d’autres
A la journaliste camerounaise Suzanne Kalla Lobe qui l’interrogeait en 2013 sur le travail de fond qui transpire de sa musique, il eut cette phrase pleine d’à-propos. « J’ai une femme et 5 enfants. La musique c’est mon seul job. Si je ne ramène rien ils risquent de m’interdire l’accèsà la maison ». Curieuse confidence quand on sait que le Congolais a depuis passé le cap de la bataille pour la survie et qu’il a ememétéclassépa…r comme… Curieuse confidence sauf si l’on se rend à l’évidence que l’homme est définitivement un « guerrier bantou » qui a su gardé les pieds sur terre.

Toujours humble
En ce début d’année 2018, Fally Ipupa a déjà signé deux singles d’or avec son dernier album Tokoss (une première en Afrique francophone) et caracole en tête des Hit-Parades dans une quinzaine de pays africains. Quand il débarque donc au Cameroun le mai dernier, il sait qu’il arrive dans un pays où des fans iraient brûler des cierges à Lourdes pour un avoir une photo avec lui. « Au moment de sa splendeur Koffi Olomide nous avait servi un catalogue de caprices lors de son passage au Cameroun », se rappelle Fabien, un Cameraman en service dans la chaîne privée Canal 2. « Invité dans nos studios « Mopao » avait gravit quatre marches d’escalier avant de s’arrêter net et d’exiger un ascenseur. On était impatients de voir comment Fally allait se comporter », ajoute le jeune homme qui a suivi le chanteur durant son dernier séjour au Cameroun. On attendait Fally et il est venu. Encore plus humble que jamais.

« On a l’impression que le suces le rend plus simple », s’extasiait une journaliste présente a la conférence que donnait la star au Hilton Hôtel en prélude a son concert au Palais des Sports de Yaoundé. Dubitatifs, invités et journalistes attendaient fiévreusement la fin de la conférence de presse pour solliciter des photos avec le chanteur. Ils n’ont pas dû souffrir trop longtemps de cette attente lancinante. Avant même la fin des échangesFally a fait dire au modérateur qu’il se prêterait volontiers à cette séance de photo. Mais une chose est d’accepter des photos, une autre est de bien y figurer. L’assistance a été surprise de voir que c’est FallyIpupa qui proposait des plans pour avoir de bonnes prises. « Il a eu un mot pour chacun des journalistes présents, il s’est montré courtois et disponible », note Serges Edjou de la radio Magic FM, l’un des journalistes présents cet événement sélect. Une star qui se prête au jeu des photos et qui suggère des angles, Fally n’a pas fait que ça.

« Plusieurs personnes ont perdu leur sang-froid au point de ne plus savoir manipuler leurs téléphones au contact de la star. Constatant ce vent de panique le chanteur s’est lui-même saisit du téléphone à plusieurs reprises pour faire des selfies avec le public. ». Fabien nous raconte qu’un des gagnants du concours organisé par le sponsor s’est rapproché,apeuré, deFally pour une photo. Ce dernier a bien vu que le jeune était paniqué et a décidé de bluffer. « Qui t’es toi, qu’est-ce que tu fais ici », lui at-il demandé. Grelotant de peur, le jeune n’a pas eu le temps de placer un mot que déjà la star serrait le point pour solliciter un salut complice. « Je voulais juste t’intimider, il ne faut pas avoir peur », a-t-il dit avant de manipuler le téléphone pour une dizaine de selfies avec l’heureux élu. Resté sous le choc, ce dernier aura bien du mal à faire avaler ce récit sur réaliste a ses amis. Serein, Fally Ipupa savait qu’il avait la encore su gagner la bataille pour l’image qui reste l’un de ses principaux points forts.

Il sait jouer de son charme et évite la polémique
Depuis qu’il a croisé le producteur ivoirien David Monsoh en…. Fally Ipupa a compris qu’il devait joueur sur son physique de rêve pour faire craquer les fans. Celui qui se fait aussi appeler Di Caprio (devinez pourquoi) s’est forgé un look décontracté qui tranche avec la réputation de bling-bling des artistes congolais. « Il pratique assidûment le sport partout où il se trouve ce qui l’aide à rester en forme », souffle un membre de son entourage.… « Je ne bois pas, je ne fume pas…Ça ne me dit rien… Je veux avoir un corps saint. En plus, l’alcool est amer apparemment…», corrobore Fally lui-même.: « Mon époux se fait toujours draguer, je vois chaque fois des filles qui sont prêtes juste pour une nuit avec lui », ajoute son épouse Nana Ketchup. « Je vieillis mais je suis toujours plus beau que toi », a récemment dit la star a son propre fils da «Mais si Fally soigne ainsi son apparence c’est bien parce qu’il a compris que c’est aussi sur ce terrain que se jouer le Show-Bizz aujourd’hui.

Il a son truc à lui, son coup de rein qui transcende ses fans », remarque le producteur culturel camerounais Nana Payong. Séduisant, Fally s’affiche comme un chanteur consensuel qui n’a pas besoin de la polémique pour réussir. « Ses textes sont plutôt propres et il n’a pas besoin d’abuser de jeunes filles ou de donner des coups de pieds dans le ventre de ses danseuses pour qu’on parle de lui », observe un amateur de musique congolaise qui taquine sans le nommer un certain Koffi Olomide. Consensuel jusqu’au bout, Fally est presque l’anti Koffi. A titre d’exemple, quand il se fait agresser dans un bar de la ville de Yaoundéouu son sponsor l’avait stupidement conduit lors de son dernier passage au Cameroun, FallyIpupa serre les dents et honore son public en livrant un concert mémorable le lendemain au palais des Sports. Rentree au Congo, il est interrogé par Vibe Radio sur cet incident. Alors que l’on s’attend a ce qu’il stigmatise un pays ou plusieurs chanteurs ont déjà eu maille a partir, El Rey Mago opere un curieux glissement et indexe l’attitude négatives des fans africains qui ne respectent pas leurs artistes.

« Comment voulez-vous que les star…. » Impossible d’ouvrir une polemique qui dure avec de tels propos concilants. Se sachant adulée au Cameroun, Fally fait le maximum pour ne pas fâcher les fans de ce pays charniere d’Afrique. Il a même des astuces bien a lui pour les choyer. Ainsi, lors d’un showcaseorganisee en 2017 au Hilton Hotel de Yaoundé, il a eu cet appel qui a ému l’assistance. « C’est bien de faire des spectacles à Yaoundee et Douala, Mais il faut aussi penser a d’autres villes comme, Bafoussam, Garoua, Bamenda, j’aimerai aussi y aller », a-t-il dit. Sur le terrain du charme et de la communication, Fally c’est un peu comme Nadal sur terre battue :Inhjouable. Il était encore dans le vol retour de son périple camerounais qu’il avait déjà postée une photo avec l’emblematique capitaine des Lions Indomptables Rigobert Song qui était venu le trouver dans les loges avant son concert.

Mieux encore, le chanteur a toujours refusée d’assumer publiquement un conflit pourtant réel avec la star camerounaise Samuel Eto’o. Il a toujours jouée la carte de l’apaisement jusqu’à cette étreinte survenue entre les deux hommes dans un hôtel de Douala l’année dernière. « Si Sam m’invite pour la Can 2019, je viens », a-t-il sobrement confiée au reporter du Quotidien Le Jour lors de son dernier passage au Cameroun. Un nouveau clin d’œil au quadruple ballon d’or qui pourrait saisir cette perche pour définitivement mettre fin a un conflit sordide qui oppose deux icônes africaines. Pour conforter l’amitié entre deux peuples, le Congo et le Cameroun, qui ont tant de choses en commun.Pour célébrer cette Afrique plurielle et diverserse qui rayonne a travers son football et sa musique.

Hiondi Nkam IV

Opinion

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