Jean-Claude Awono : “Ce prix, c’est 30 ans d’investissement poétique”

Lauréat du Prix international de Poésie Fernando D’Almeida 2020, l’enseignant de français se distingue pour la promotion des belles lettres et l’accompagnement des jeunes.

Vous êtes à nouveau lauréat d un prix de poésie quels sentiments vous animent?
Je ressens de la joie. De la reconnaissance aussi. Plus de 30 ans d’investissement poétique valent bien de bonnes fleurs. Je remercie La Ronde des Poètes qui a servi de terreau à tout cela, ainsi que mes devanciers dans cet art tels que Louis Marie Pouka, René Philombe, Ernest Alima, Patrice Kayo, Jeanne Ngo Maï et bien entendu Fernando d’Almeida.

Ce n’est pas le premier de votre carrière. Tous ces prix symbolisent-ils pour vous, la place de la poésie au Cameroun? Une signe que celle-ci n est pas morte ?
Le Prix international de poésie Fernando d’Almeida 2020 n’est en effet pas le premier que je reçois. C’est le premier en terre américaine, puisqu’il nous vient de Trois-Rivières au Québec. En 2011, j’avais été lauréat du Prix de Poésie de Bretagne-Réunie en France sur le thème du mur (référence ici au mur de Berlin), et l’an dernier, en 2019, c’était le Prix de Poésie Birago Diop, qui m’a été décerné par la prestigieuse Association des Écrivains du Sénégal. Ces prix sont une reconnaissance à un haut niveau du travail des poètes camerounais qui sont parmi les meilleurs du monde. C’est une poésie bien vivante, à travers des auteurs de renom, une activité éditoriale qui la positionne sur les officines nationales et internationales…

Jadis les poètes ont été à l’avant garde de la vie politique et culturelle. Aujourd’hui on entend à peine le poète. Pourquoi s’est-il tu ?
Le poète ne s’est pas tu. Sa parole est bien là, présente, ambitieuse, avide de transformation. Mais d’autres voix, plus bruyantes font tout pour la museler, sans totalement y parvenir. Je viens personnellement de d’être associé à un colloque sur la poésie camerounaise à l’université de Buea qui m’a conforté sur l’intérêt de celle-ci pour la recherche de haut niveau. Et les slameurs qui sont des poètes en bonne et due forme donnent de la voix sur moult plateformes…

Comment remettre le poète au centre de la vie de la cité ?
Le poète n’est pas sorti de la Cité. Il y est. Il suffit que les médias décident d’être le relais de nos créations, actions et réflexions. Un Festival de slam existe, le Festival international de poésie des Sept Collines de Yaoundé aura lieu en décembre prochain. Tout cela n’est pas suffisant, me direz-vous, mais ce sont des ressorts non négligeables à partir desquels des actions plus importantes peuvent être menées.

Quelle est l actualité de votre maison d édition, des recueils de poèmes édités ?
Les Éditions Ifrikiya sont au cœur de l’action poétique au Cameroun, et dans certains pays étrangers. Cette année, nous aurons publié au moins une dizaine de recueils de poèmes. Ce qui est absolument inédit dans l’histoire de la poésie camerounaise. Nous venons de relooker notre collection consacrée à la poésie, pour le bonheur de nos auteurs et des lecteurs.

Quels poètes de l heure recommandez-vous aux lecteurs?
Comme poètes de l’heure que je peux recommander, il y a Wilfried Mwenye avec son recueil
« Sanagas », un long et puissant texte qui prend appui sur le thème de la traversée et de l’histoire commune des camerounais pour articuler une écriture originale. Mais je peux vous recommander aussi « Que ton souffle porte » de Ote Ngando, « L’imperium du règne lunaire » de Ferry Lontsi…

Propos recueillis par Elsa Kane

Culture

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