Kisito Eloundou : “Assurer d’abord l’animation défensive”

Notre expert parle du jeu des Lionnes face aux Pays-Bas et propose la clé pour le dernier match contre la Nouvelle-Zélande en Coupe du Monde France 2019.

Quelle appréciation faites-vous du jeu des Lionnes Indomptables face aux Pays-Bas (1-3) samedi dernier lors de leur deuxième sortie en Coupe du Monde ?
Trop d’approximation ; un jeu quelconque. Mais je pense davantage que ces filles ont joué avec leurs moyens. Elles sont en dessous du niveau de la compétition, parce que la phase finale d’une Coupe du Monde se joue en puissance. Au regard des statistiques qui les caractérisent, elles sont, à mon sens, en dessous des performances réelles, malgré la volonté. Dans les facteurs de performance que résume le football, on cite généralement quatre, à savoir la technique, la tactique, le physique et psychologique. Il y a les deux autres qui ne sont pas en reste : le facteur socioprofessionnel et puis le facteur dynamique, qui est la récupération. Puisque les matchs se jouent en puissance, il ne reste que des séances de récupération. C’est trois à quatre jours qui séparent les matchs. Elles ont la volonté, mais, le niveau de la compétition est assez élevé.

Tout n’est pas perdu et elles ont une dernière chance contre la Nouvelle-Zélande. Quelle est pour vous, la clé pour venir à bout de cette équipe ?
On peut encore espérer. La clé de ce match, à mon sens, serait d’assurer d’abord l’animation défensive. Nous avons essayé d’ouvrir le jeu face aux Pays-Bas et nous l’avons payé cash. Il est question de contenir, mettre le bloc médian, contenir l’adversaire, dès qu’il rentre dans notre camp, on resserre sur eux, sans laisser des espaces, un peu comme nous l’avons fait à la première manche lors du premier match. Contenir comme cela pendant 60 minutes et dans les 30 dernières minutes, on peut donc sortir, essayer d’aller chercher l’adversaire, qui se serait contenté de nous voir confiné dans notre camp et nous allons les presser, ouvrir le jeu avec nos points forts que sont Aboudi Onguené ou Nchout Ajara et bien d’autres capables de mener des sprints. Cela peut nous permettre de marquer un but de plus par rapport à l’adversaire.

Au regard des commentaires ici et là, pensez-vous qu’il y a un problème de coaching ?
Alain Djeumfa est un collègue que je connais très bien. Ce n’est pas le premier venu. Il a été de l’expédition de 2015, avec Enow Ngachu. Aujourd’hui, il est le sélectionneur. Je me refuse de considérer que les entraîneurs sont devenus le paillasson des pieds plats où tout le monde peut venir s’essuyer les bottes. Quand on parle de profession, cela veut dire qu’on a professé en prêtant serment. Tous les entraîneurs du monde, quand ils n’ont pas les éléments, c’est-à-dire les hommes ou les femmes capables de pouvoir animer la philosophie de jeu, vous ne pouvez rien. Je prends pour exemple, Zinedine Zidane qui revient au Real. Après la saison, il dit : j’ai besoin de Hazard, de X, de Y. Il a choisi les hommes qui peuvent désormais accompagner sa philosophie tactique. Aujourd’hui, Alain Djeumfa ne peut pas inventer la roue. C’est une équipe vieillissante. C’est la même équipe d’il y a quatre ans au Canada, 8ème de finaliste. A ce jour, les joueuses ne peuvent plus vous multiplier l’endurance offensive. Elles n’ont plus leurs jambes de 18 ans. N’en parlons plus de la capitaine courage, Christine Manie (…) Johnson est la meilleure dans cette défense. Sauf qu’elle est dans le même registre, le même profil qu’Awona. C’est pour cela que dans une défense centrale, il faut une personne qui joue en anticipation et l’autre joue en interception, qui fait la lecture derrière. Mais, l’avenir de cette équipe passera par Johnson, Awona et bien d’autres. Il est temps d’opérer la mutation et la révolution dans cette équipe, injecter au fur et à mesure la nouvelle génération. Celle qui est là, est au soir de sa carrière.

Il y a un problème d’organisation du football féminin au Cameroun…
On reste dubitatif par rapport à notre championnat qui ne peut pas véritablement produire des joueuses de qualité, on va continuer à s’accrocher au menu de la formation. Vue l’impulsion donnée par la Fifa, qui essaye de financer le football féminin, je crois qu’on pourra atteindre un certain seuil, même s’il nous faut encore plein d’années pour atteindre le haut niveau.

Propos recueillis par A.C

Sports

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