Les belles notes de Nkodo Si Tony

C’est le tube de l’été. Comme bien de Camerounais c’est du Nkodo Si Tony que j’écoute ces temps-ci. Effet de mode ou ballade ringarde, toujours est-il que l’homme qui a révolutionné le Bikutsi sature la toile depuis qu’il a décidé de prester au meeting de Maurice Kamto à Paris le 01 février 2020. De fait, c’est un concert de noms d’oiseaux qui rythme désormais le quotidien de l’artiste qui a commis le crime suprême de chanter lors d’un rassemblement impliquant l’opposant camerounais. Je prends ainsi la chose au premier degré avant de gratter le vernis pour vous dévoiler le bois vermoulu de l’édifice Cameroun menacé dans ses fondements par la stigmatisation tribale. Car tenez-vous bien ce que l’on reproche à Si Tony c’est en réalité le fait que lui, le Béti de souche, soit allé prester dans un meeting organisé par un Bamiléké. Aussi renversant que cela puisse paraitre certains Camerounais en sont là !

A s’invectiver assidument entre micro tribus au point de vouer aux gémonies un chanteur qui a osé « passer chez l’ennemi ». Car ne vous méprenez point, la salve appuyée des défenseurs de la citadelle Béti n’est que l’écho de l’insidieuse « Fatwa » lancée par des groupuscules Bamilékés de la diaspora qui avaient délibérément ciblé des artistes d’origine Béti à travers des mots d’ordre de boycott aussi grossiers qu’inefficaces. Comme si priver la diaspora camerounaise des légendaires contorsions de Lady Ponce et Coco Argentée pouvait raccourcir de quelques minutes le supplice que nous impose la dictature éternelle de Yaoundé qui s’abreuve aux souffrances de tout un peuple.

Les leçons du Maestro
Aussi surprenantes que chaloupées, les notes que Nkodo Si Tony a laissé échapper place de la République de Paris le 01 février 2020 détonnent. Elles sont dissonantes du récital d’imbécilités servi par une tranche de plus en plus nombreuse de Camerounais enfermés dans l’illusion névrotique de la suprématie d’une tribu sur une autre. Si Tony connaissaient les enjeux. Il savait pertinemment qu’en allant jouer à un meeting de Kamto il s’attirerait les foudres de nombre de ses frères du village qui n’y verraient rien moins qu’une trahison. Je n’ai pas pris un verre avec l’auteur de « Mba Mvoe » pour qu’il m’explique les raisons d’une telle bravoure mais je reste persuadé que l’artiste a voulu passé au moins deux messages.
D’abord qu’il fallait laisser les artistes faire leur job pour nourrir leurs familles. Au fond, au nom de quoi devons-nous faire porter à des gens déjà meurtris par une politique cannibale la responsabilité de changer le Cameroun ? Si Tony n’a pas pris une carte du Mrc encore qu’il en a pleinement le droit. Il est simplement « allé pointer » comme on dit dans le jargon. Comme tous les autres artistes du Cameroun et du monde. C’est son droit inaliénable au travail.

Le deuxième message qui me parvient de ce geste c’est celui de l’harmonie sociale distillée par le virtuose. A la différence de ces moutons de panurges qui prennent leurs trois repas quotidiens sur la toile, Si Tony a compris combien ineptes sont les divisions politico tribales qui hantent actuellement le Cameroun. C’est bien pour ces extrémistes, prisonniers de leurs lubies hégémonistes, qu’il a chanté ce jour-là. Pour qu’ils comprennent (s’ils le peuvent encore) que cette logique d’affrontement tribal est d’un autre âge. Que tout camerounais saint d’esprit ne saurait nier l’extrême déliquescence sociale et morale dans laquelle nous plonge le règne perpétuel d’un homme qui a tant besoin de ces invectives stériles pour se maintenir au pouvoir. Ce que Si Tony voulait nous dire, c’est que notre Cameroun est finalement au-dessus de tout. Qu’un bon Lady Ponce se danse aussi bien à Sangmélima qu’à Baham. Que Daphnée brille dans tous les coins du Cameroun. Que Talla André Marie et Pierre Didy Tchakounté sont bien des icônes nationales. Il a martelé ces messages, pour que les fous de la tribu aillent jouer ailleurs leurs mélodies macabres.

Par Hiondi Nkam IV

C’est vendredi

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