Livre : Abakar Ahamat dénonce l’incompétence

Dans sa 5ème production, l’ancien gouverneur parle de l’attitude de certains responsables dans l’administration publique camerounaise qu’il connaît bien.

Ne comptez pas sur Abakar Ahamat pour se taire ou mieux pour laisser passer sous silence des errements qui mettent à mal le bon fonctionnement de notre société. En retraite depuis quelques années déjà, l’ancien gouverneur s’est armé de sa plume pour mettre à nu des castes de personnes bien placées qui ne se distinguent pas par la force de leur travail, mais par leur incompétence notoire. C’est d’eux que dépend pourtant l’avenir de millions de Camerounais. C’est un « film témoignage » que nous présente l’administrateur civil dans son cinquième ouvrage intitulé « Sacrés Incompétents !»

Le titre est frontal et éloquent ; il est même provocateur pour certains. Cette problématique est loin d’être glissante car Abakar Ahamat est bien dans son sujet. Il définit l’incompétent comme un inapte, un ignare, un inhabile, un malhabile, un inexpérimenté, un insuffisant, un inculte…qui n’admet aucune valeur, aucune lumière autour de lui. Pour l’auteur, travailler sous la conduite des chefs incompétents est un véritable supplice en ce sens qu’ils s’illustrent par l’intimidation, par le fouet de la rigueur de la loi pour cacher leurs limites criardes. « Le chef incompétent a cette fâcheuse et irrésistible manie de citer, à longueur de ses discours, et ce, à tort et à travers, de larges extraits des discours du Président de la République pour étaler ses connaissances, faire impression et convaincre de sa loyauté, de son loyalisme. » « Le chef incompétent est un champion un adepte et un chantre de la tolérance administrative, concept paresseux, illogique et porteur de frustration et d’accusation de favoritisme de la part de ceux qui cela n’aura pas été appliqué, ou de la part de ceux qui n’en n’auront pas bénéficié. »

Ces chefs incompétents sont promus de manière automatique au détriment des personnes compétentes car ils ont ce que l’auteur appelle « des parapluies ou des godasses ». En langage plus simple, ils ont des mentors qui assurent leur promotion foulant au pied la norme. Sous notre soleil, le mode de recrutement et de promotion suit une approche ni officielle ni codifiée et encore moins connue du grand public décrie l’auteur. « C’est ainsi donc que dans certaines de nos administrations, institutions et autres structures publiques et parapubliques ou privées d’envergure, les méthodes utilisées pour fabriquer ces nombreux incompétents qui nous tiennent et nous enfument sont diverses et variées. » Abakar Ahamat parle des pratiques « honteuses et dégradantes » et cite entre autres : la promotion canapé, le chantage politique, la corruption.

« Sacrés Incompétents » est un essai de 183 pages écrit en français et en anglais. Il s’étale sur 5 chapitres faciles à lire car Abakar Ahamat a fait le choix des mots souples pour la compréhension de tous. C’est un véritable savon qu’il passe à l’administration et ces chefs prétentieux qui croient savoir alors qu’ils ne savent rien. Ils « nous tiennent et nous enfument.» L’auteur invite ces incompétents marqués par le sceau de l’orgueil à descendre dans la vallée de l’humilité et apprendre encore et encore.

Paru aux Editions de Midi, cet essai n’est pas qu’un assemblage de critiques. L’auteur fait des propositions claires pour dégarnir les structures et l’administration de ceux-là qui « nous tiennent et nous enfument. » En somme, « Sacrés Incompétents ! » est le fruit d’une plume « audacieuse » car comme le dit l’auteur lui-même, « la meilleure manière de se faire beaucoup d’inimitiés c’est d’exécrer la médiocrité, d’évoquer et de parler des sujets qui fâchent, qui dérangent, qui troublent les consciences». La violence est le dernier refuge de l’incompétence, conclut l’auteur. Abakar Ahamat a désormais cinq ouvrages à son actif parmi lesquels : « L’audace d’être diffèrent » et « Relevé de ses fonctions. »

Solière Champlain Paka

Culture

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