Livres : « Nuances », libère la parole des femmes

Fondée par Mariette Tchamda, la nouvelle maison d’édition a présenté « Etre femme est un métier à plein temps » sa première publication.

Quelle adolescente ou jeune femme camerounaise ne s’est pas abreuvée de romans d’amour ? Harlequins, Barbara Cartland, des romans à l’eau de rose qu’on retrouve chez tous les libraires et bouquinistes ambulants. Plus jeune, Mariette Tchamda n’a pas dérogé à la règle. Avec le temps et le recul, la jeune entrepreneure a eu envie de lire des histoires plus proches de son quotidien. Des romans où les paysages, les coutumes, les personnages collent à sa réalité et à celle des autres camerounaises. « Je voulais lire des histoires d’amour racontées par les femmes de chez moi, où mes sœurs camerounaises et africaines racontent leur univers à travers des textes riches, denses, poétiques écrits dans cette langue imagée et parsemée d’expressions typiquement camerounaises qu’est le Camfranglais. La création d’une maison d’édition s’est donc imposée à moi », explique la Ceo de « Nuances Maison d’Edition ».
« Nous voulons donner la possibilité aux talents littéraires féminins, de s’exprimer. Qu’elles nous fassent rêver, rire ou pleurer avec des récits dénués de jugement et de propagande », poursuit Mariette Tchamda.

Vous l’avez compris, chez
« Nuances Maison d’Edition », on veut libérer la parole des femmes pour qu’elles abordent sans tabous les questions du mariage, des relations amoureuses, de l’infidélité, du sexe, les relations familiales mais « sans verser dans le pathos ». Partager le quotidien, les émotions, présenter le côté plaisant de la vie, cultiver le romantisme, voilà les éléments de la ligne éditoriale de cette maison d’édition. Avec ce projet, Mariette Tchamda souhaite changer certaines situations dans le monde du livre. Elle a un regret : celui que la littérature continue d’être un domaine élitiste. Son ambition est de désacraliser le monde littéraire. « La littérature est très tournée vers les intellectuels, les penseurs, les artistes, etc.

Chez nous à Nuances, nous voulons nous éloigner de cet archétype et prouver à ceux qui en doutent que tout le monde peut lire. C’est pourquoi nous mettons un accent sur la langue camerounaise. Ce français est accessible à tous », explique l’éditrice. Les thématiques abordées dans les romans se rapprochent également des préoccupations de la cible.
Femmes au foyer, revendeuses au marché, bonnes à tout faire, cadre, « Nuances Maison d’Edition » aimerait voir ses livres aux mains de toutes les femmes.
«Même si notre pays compte d’illustres écrivaines parmi ses enfants, la femme camerounaise lambda n’est pas assez visible dans la littérature, on entend pas assez sa voix, sinon par la plume d’autres hommes. Comment les Camerounaises d’aujourd’hui pensent-elles leur vie ? ». Telle est la préoccupation Mariette Tchamda et son équipe.

Novelas camerounaises
Pour se lancer dans le monde bouillant de l’édition, « Nuances Maison d’Edition » a choisi un recueil de 20 nouvelles. « Etre femme est un travail à plein temps » donne les couleurs au projet. Ecrit par une auteure qui a préféré le surnom de Koutoukoute, ce livre est un petit bijou littéraire dans son genre. Le recueil est édité en format poche et la quatrième de couverture attire tout de suite l’attention avec ses couleurs rose et fuchsia et les belles illustrations de Caroline Etoa, une bédéiste au crayon fin.

Sexe, mensonge, amour et haine sont au cœur de « Etre femme est un travail à plein temps ». Le style rédactionnel peut ne pas plaire aux puristes de la langue française, car comme indiqué plus haut, l’honneur est fait à la langue camerounaise : le camfranglais. Le style du recueil est donc parfois cru, vulgaire mais toujours percutent car le lecteur se sent directement interpellé en lisant ces expressions de tous les jours.

A travers une plume vive, légère et pleine d’humour, Koutoukoute raconte le quotidien d’une vingtaine de femmes qui ont 20, 30, 40 ou 50 ans et vivent des situations amoureuses complexes. Elles sont anciennes d’église et cougar amoureuse d’un homme plus jeune et marié. Elles sont dans des « Vient-on-reste » et ne savent plus à quels marabouts se confier pour avoir la bague au doigt. Elles sont mariées à des incorrigibles coureurs de jupons capables d’enceinter leur nièce et de refiler le Sida à toutes leurs conquête. Des histoires tristes mais captivantes racontées avec drôlerie. Les personnages semblent si réels que leur image reste dans la tête des jours après la lecture.

« J’ai eu un véritable coup de cœur en lisant le manuscrit d’Etre femme est un métier en plein temps. Les histoires sont captivantes, rafraîchissantes, divertissantes, tout en restant fermement ancrées dans la réalité. Le texte est simple, fluide et bien rythmé. Et la langue… On entend littéralement la voix des personnages. Le livre est vendu à 5000 F Cfa », s’enthousiasme la directrice de « Nuances Maison d’Edition ». Elle annonce une autre publication pour bientôt.

Elsa Kane

Culture

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