Le dernier réaménagement ministériel du 02 mars 2018 a vu la création d’un Ministère de plein exercice, en charge de la Décentralisation et du Développement Local. Cette nouveauté s’inscrit, pour l’Etat et l’ensemble des acteurs, dans la perspective d’un Management Participatif, qui situe les populations au cœur de la dynamique du changement et de l’innovation. La place centrale du football dans le paysage socioculturel et politique au Cameroun nous le fait entrevoir comme un outil au service de l’orientation de cette nouvelle stratégie managériale.
Il nous a ainsi semblé important d’élaborer une réflexion, qui s’articulera autour des quelques points qui suivent : l’élaboration d’un projet de réforme de l’administration du sport ; la proposition de mécanismes de financement du sport par des subventions publiques et privées, mais aussi par l’autofinancement ; la formulation de recommandations et de résolutions sur la formation des acteurs; l’élaboration des modalités opérationnelles de démocratisation et de performance dans la pratique du football pour le rayonnement du Cameroun.

Le football est la seule discipline sportive au cœur d’enjeux multiples au Cameroun : sociopolitiques, socio-psychologiques, diplomatiques, idéologiques, économiques et managériaux. La perspective d’une action commune traduit donc la volonté de l’État, de ne plus faire cavalier seul, mais de s’assurer par le contrôle et l’évaluation, la mise à exécution effective de sa vision stratégique. C’est le cas pour les Collectivités Territoriales Décentralisées (CTD) et les partenaires stratégiques du secteur public, parapublic et privé. Cet appel à la Bonne Gouvernance sportive qui procède de l’innovation managériale, implique l’expression d’un ensemble de pratiques dites « meilleures », conditionnées par l’observation des codes de gouvernance.

Ces codes représentent ainsi, un ensemble de recommandations fiables dont l’application volontaire garantit un « idéal » à atteindre. Ils émanent du principe de bonne gouvernance, principe qui réside dans sa dimension rationnelle ou normative, à travers la Médiation que l’État initie à cet effet, afin que tous les acteurs soient en phase avec lui. La Bonne Gouvernance sportive adaptée à la réalité de la Décentralisation réfère ainsi à la gestion tridimensionnelle : financière, administrative et technique. La dimension financière se rapporte à un apport financier ou matériel qu’une entreprise met à la disposition d’une activité sportive à laquelle elle n’est pas directement liée. L’État se trouve aussi, via les subventions qu’il alloue aux CTD, l’un des actionnaires de référence.

Pour arrimer le sport au processus de Décentralisation, l’État met sur pied, et par délégation, des institutions sur le plan administratif et technique qui implémentent sa vision stratégique incorporée dans un document global de stratégie qu’il conçoit : le Document de Stratégie pour la Croissance et l’Emploi (DSCE). L’action de l’État se rapporte à un souhait de décongestion, de désengorgement, de désencombrement, d’allègement, de facilitation et même de « désengagement relatif » ; désengagement qui s’assimile à un rôle de responsabilisation limitée des CTD dans une perspective de coordination, de pilotage et de contrôle par l’État. La dimension technique à laquelle fait allusion la gouvernance, interpelle l’État à une gestion saine des ressources financières que génèreraient ses partenaires.

L’expérience française nous renseigne que les CTD sont compétitives entre elles en vue d’entretenir une concurrence constructive à l’atteinte de l’Objet « rayonnement ». La perspective du double projet du sportif est au cœur du processus de production du talent et de sa performance.
Les mairies sont ainsi spécifiquement chargées de la construction des écoles primaires et des infrastructures sportives. Les départements ont la même vision, et s’attèlent à la construction des collèges et lycées ainsi que leurs infrastructures sportives, dans l’optique du double projet sports-études. Les régions quant à elles s’intéressent aux grands projets structurants de sport à savoir : la construction des infrastructures sportives à grande portée, en collaboration avec l’État.
La promulgation de trois lois sur la Décentralisation le 22 juillet 2004 (Loi N°2004/017 du 22 juillet d’orientation de la décentralisation ; Loi N°2004/018 du 22 juillet fixant les règles applicables aux communes ; Loi N°2004/019 du 22 juillet fixant les règles applicables aux régions), consacre ainsi au Cameroun, le développement des potentialités locales via les acteurs multiples pour des répercussions positives à moyen et à long terme, conformément à la vision stratégique initiée par le Sommet Stratégique qu’est l’État. La bonne définition des compétences contenue dans l’article 55 de la Constitution de 1996 précise que : « les collectivités territoriales décentralisées ont pour mission de promouvoir le développement économique, social, sanitaire, éducatif, culturel et sportif ».

La circulaire conjointe N° 0002335/MINATD/MINFI du 20 Octobre 2010 initiée par le Ministre d’État, Ministre de l’Administration Territoriale et de la Décentralisation et le Ministre des Finances, est adressée aux concernés et précise les modalités d’application de la loi N°2009/019 du 15 décembre 2009 portant fiscalité locale. Cette circulaire conjointe fixe notamment son champ d’application, les compétences fiscales des CTD, insiste sur le principe de solidarité et le développement harmonieux des CTD, et enfin, les modalités de suivi du rendement des impôts locaux.
Le fait pour l’État de ne plus être au cœur des processus providentiel et réel, implique une adaptation de l’ensemble des acteurs à cette nouvelle donne managériale. S’il est admis à ce niveau, l’existence d’interactions entre lesdits acteurs, il sera de même admis qu’il y aura communication, et donc transmission du message d’un expéditeur à un destinataire. Procéder autrement serait procéder par directivité, et donc centralité.

Le discours étant la représentation d’un évènement (Décentralisation), il est rapporté sur un support (document du référentiel), et le caractère qu’il intègre en tant qu’évènement est relatif au fait qu’il va d’une situation initiale (Centralisation/Directivité) pour aboutir à une situation finale (Décentralisation/Non-directivité) en passant par une transformation (adaptation de l’univers occurrent à l’innovation). Pour maîtriser les contours de ce qui est dit d’un point de vue sémiotique, il est opportun pour nous de procéder aux analyse et interprétation de celui-ci sur deux trajectoires essentielles : Une trajectoire administrative, et une trajectoire technique.

Les logiques opérationnelles nous permettent de réaliser que les structures de gestion du football au Cameroun se situent ainsi à trois niveaux d’action : L’État, à travers le Ministère en charge des Sports et de l’Éducation Physique, qui assure la tutelle institutionnelle à travers ses structures déconcentrées sur le plan administratif ; la FECAFOOT/DTN, à travers les ligues décentralisées et spécialisées sur le plan technique ; les CTD qui, à travers leurs politiques sectorielles en matière de football, définissent les orientations stratégiques en rapport avec la vision stratégique communiquée par l’État, sous son contrôle et sa coordination, assistés dans cette tâche par les partenaires stratégiques (entreprises, centres et écoles de formation, institutions académiques, les associations sportives).

Si la Décentralisation se projette comme une innovation et une dynamique de changement, elle donne ainsi le pouvoir à un organisme d’exercer certaines fonctions de façon relativement autonome, c’est-àdire que l’organisme peut prendre ses propres décisions, tout en conservant l’obligation de rendre compte au pouvoir central. C’est cet aspect de la Décentralisation qui nous concerne, dans la mesure où la FECAFOOT est sensée collaborer avec les CTD à travers les ligues décentralisées et spécialisées de football. Les CTD quant à elles, élaborent et conçoivent les objectifs prioritaires à définir dans le cadre des actions propices à la résolution des problèmes et nécessités liés au mouvement sportif dans la localité, à travers la définition des leurs politiques sectorielles en la matière.

Ceci laisse entendre que cette action jadis coordonnée et pilotée sur les cendres des subdivisions administratives implémentées par le Ministère de l’Administration Territoriale et de la Décentralisation (aujourd’hui Ministère de la Décentralisation et du Développement Local), se dissocie d’une politique générale conçue et implémentée exclusivement par l’État, pour désormais intégrer la perspective qui associe à l’expression de cette politique générale, celle sectorielle conçue et implémentée par les CTD en fonction des besoins et des urgences inhérentes à leur milieu de vie respectif. De l’exclusivité des compétences de l’État au transfert de quelques compétences aux CTD conformément aux lois de Décentralisation, on assiste là à un management participatif de l’État qui, non seulement fait participer les populations de base à la prise de décision concernant leur bienêtre social, mais bien plus, fait intervenir tous les acteurs associés.

L’angle d’analyse qui intègre la perspective de la Décentralisation implique dès lors, une conjonction dans l’action entre les autorités administratives et les conseils des CTD dans le sens, pour ces derniers, de rendre compte en permanence aux premiers, de la gestion de leurs localités, des réalisations initiées et implémentées, et des perspectives à court, moyen et long terme, conformément à leurs cahiers de charge respectifs, définis sous fond de politiques sectorielles, en harmonie avec les vision et politique générale de l’État. Ce qui appelle que nous nous intéressions à la dimension technique pour éviter les amalgames.
La conjonction dans l’action, revient, sur le plan technique à la FECAFOOT, à travers la Direction Technique Nationale. Elle lui donne quitus de gérer le football camerounais sur toute l’étendue du territoire national, et rend compte de ce fait au MINSEP. Dans la logique de l’esprit de la Décentralisation, la FECAFOOT crée les ligues décentralisées et spécialisées, conformément aux subdivisions administratives mises en place par l’État, amorçant ainsi une plateforme de collaboration avec les CTD et les partenaires stratégiques.

L’harmonisation dans l’action obéit ainsi à l’exigence de prise en compte, à chaque fois, de l’analyse des logiques actionnelles et interactionnelles sur les angles administratif et technique. Ceci implique de la part des différents acteurs enrôlés, un besoin de s’affirmer dans la production des ressources. Cet état de chose pose l’épineux problème de la redistribution équitable de ces ressources, le trafic d’influence, la quête effrénée du leadership, l’expression des frustrations, de la tolérance administrative, l’appât du gain, les complexes… qui mèneront à plusieurs conséquences que nous résumons par la mal gouvernance sportive, ayant pour conséquence majeure, l’échec du programme d’action dans l’atteinte de l’Objet « rayonnement ».
Cet aspect suscite très vite notre intérêt, dans la perspective de la gestion des activités sportives, tant il est communément admis que le MINSEP et ses structures déconcentrées, ont encore une influence certaine dans la gestion des affaires sportives aux seins des CTD, et que ces dernières en sont marginalisées. Il en est de même du constat fait sur la non gestion des infrastructures sportives par les CTD qui met en exergue le problème d’une gestion encore orchestrée par les communautés urbaines des grandes capitales régionales, au détriment des communes de compétence.

Pourtant, la dimension normative liée au cadre de création des infrastructures sportives et stades de football au Cameroun est régie par la loi N°74/22 du 05 décembre 1974 portant sur les équipements sportifs et socioéducatifs. Cette disposition définit en filigrane en son article 1er, la participation des CTD à l’objet de construction des infrastructures suivant leurs besoins et leurs priorités définies dans leur document de politique sportive sectorielle : « Tout projet d’aménagement, de construction scolaire ou universitaire et des réalisations de complexes immobiliers à caractère résidentiel ou industriel doit comporter, suivant les modalités qui seront par le décret et au prorata des populations concernées, les terrains nécessaires à la mise en place des équipements sportifs et socioéducatifs. »

Les écarts se font davantage sentir, dans la gestion et la redistribution des ressources financières dans l’univers sportif, où, une fois de plus, un décalage criard existe entre le principe et la réalité. Le principe implique que soient pris en compte dans le budget des CTD, les subventions, bourses et financements des activités sportives comme c’est le cas avec l’expérience française où, les talents sportifs bénéficient au niveau de toutes les circonscriptions administratives de l’État, d’une bourse les permettant d’être à l’abri du besoin. Les ressources dont bénéficient les CTD permettent ainsi de financer ce secteur à travers le système de Décentralisation financière développé par YALTA, qui accroît le pouvoir financier des collectivités locales. On est encore bien loin de cette réalité. Et pour cause! Car en effet, selon le DSCE, le processus de Décentralisation connaîtra assurément son parachèvement en 2020.

Cependant les objectifs définis dès 2008 par l’État camerounais d’organiser la CAN féminine en 2016 et celle masculine en 2019, le mettent face au défi d’implémenter dans le processus de Décentralisation, la construction des infrastructures sportives. Mais le constat est que l’État-providence est toujours au cœur de l’action publique, et que le besoin se fait plus que jamais pressant de traduire le « Dire » ou « Promesse » en « Faire » ou « Action », pour que la Décentralisation dont on parle tant, soit une réalité palpable et visible.
Pour conclure cet exposé, notons sans ambages, qu’il est de loin bénéfique pour le Cameroun, de consolider son unité et son intégrité nationale à travers une approche managériale participative. Celle-ci intègre, comme nous l’avons démontré, les Collectivités Territoriales Décentralisées à la gestion des affaires publiques via le principe de contrôle mutuel. Le football participe à cet effet, à la consolidation de ces acquis, par sa capacité de mobilisation et de distraction des masses.

Les bons résultats sportifs des sélections nationales (toutes catégories), ont ainsi le privilège de faire participer, par une stratégie de construction de la performance sportive maximale, les différentes circonscriptions administratives, à travers la supervision des championnats des ligues décentralisées et spécialisées de la FECAFOOT, tous les acteurs, de la base au sommet. Le pouvoir de Médiation que détient ainsi l’État par ses prérogatives d’arbitre des litiges, de pilote et de superviseur de l’effectivité opérationnelle de la politique sportive nationale, lui impose une juste répartition des ressources entre acteurs identifiés, connus et reconnus. Pour franchir ce nouveau cap, il faudrait non seulement rompre définitivement avec la culture de la centralité à outrance, mais aussi, joindre le ‘’Dire’’ au ‘’Faire’’, et ce, quels que soient les défis présents ou à venir. L’opérationnalisation du Discours sur la Décentralisation passe définitivement, par la responsabilisation des CTD, en leur accordant les marges de manœuvre liées à leur niveau et leur degré d’action, clairement définis par la règlementation en vigueur.

*Conseiller Principal de Jeunesse et d’Animation
(MINJEC) Doctorant

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