Musique : Tino Baroza casse sa guitare

Le guitariste soliste est mort le 3 avril à Yaoundé. Ancien sociétaire des Têtes Brûlées, le musicien aura connu une ascension fulgurante puis la descente aux enfers.

Pour la jeune génération, il était surtout connu comme le grand amour de K-Tino avec laquelle il aura vécu dans les années 80, une belle idylle, révèle Anne Cillon Perri et Joseph Fumtim dans leur livre « Zanzibar Epeme Théodore et les Têtes brûlées : la passion du bikutsi». La proximité entre le longiligne musicien et la belle Catherine Edoa Ngoa était telle que le 1er a inspiré son nom de scène à « La femme du peuple » qui ne s’est jamais défait de cet identifiant même après la fin de leur passion.

Si ce pan est important, il ne saurait résumer l’histoire musicale de Jacques Atini alias Tino Baroza. Pour ceux qui l’ont côtoyé du temps de sa splendeur et même au plus fort de la maladie, Tino Baroza était un génie. De ces génies incompris dont le talent fait l’unanimité mais qui ont cependant du mal à briller au firmament. Il a joué dans de nombreux groupes où son passage a toujours marqué les mélomanes : les Têtes Brûlées de Jean-Marie Ahanda, « Les warriors » avec Biba Bi Nfana, Toundé Ondoa, etc.

« Il était à la suite de Zanzibar l’un des solistes du bikutsi les plus emblématiques de sa génération », affirme l’écrivain Joseph Fumtim. « Il jouait de la guitare avec les dents », se souvient encore extasié Luther Atouba, un mélomane. « Je l’ai souvent vu promener sa silhouette d’ascète dans de nombreux cabarets de Yaoundé, tels Émergence à Essos, La Réserve à Etoa-Meki (désormais fermée). La clameur qui accompagnait son entrée en salle et les jubilations des maîtres de cérémonies, renseignaient à suffire, même les jeunes qui n’auraient pas pris goût des sonorités du bikutsi, fin 80 début 90, sur la différence qui existerait entre lui et les artistes qui occupaient jusque là la scène. Tino Baroza était un virtuose de la guitare solo. Un incontournable du bikutsi à l’époque où ce rythme subissait de plein fouet, l’influence du Soukous.

Tino n’aurait eu d’égal que Zanzibar », témoigne le journaliste Rodrigue Tongué dans une envolée lyrique. Pour l’homme politique Vincent Sosthène Fouda, c’était un artiste « rare » et « culte ». Selon le chercheur Ariel Ketchiemen, auteur entre autres de « Les Icônes de la musique camerounaise », la piraterie, les problèmes des droits d’auteurs, etc n’ont pas facilité son éclosion :
« Tino Baroza, grand espoir de la musique camerounaise est un génie perdu. L’ange déchu s’est brûlé les ailes », regrette-il. L’héritage que laisse Tino Baroza qui s’était baptisé ainsi en mémoire de son idole le guitariste congolais Emmanuel Tshilumba Wa Balozi, est important. Il a contribué à travers K-Tino à l’éclosion d’un bikutis féminin et populaire. « Angara avec les Warriors a élargit les champs du possible de la guitare solo dans le bikutsi contemporain », analyse Joseph Fumtim.

Elsa Kane

Culture

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