Origine du coronavirus : comprendre la stigmatisation de la Chine

Après le coronavirus et ses ravages dans le monde, bienvenue au virus de la stigmatisation

Alors que la majorité des pays du monde affrontent encore, avec plus ou moins de fortune, la pandémie du coronavirus, l’hypothèse d’une
« fuite dans le laboratoire P4 de l’Institut de Virologie de Wuhan » a germé dans la presse américaine sous inspiration de la Maison Blanche. Depuis, comme soutient un éditorialiste de BFMTV, « elle enfle, occupe les chancelleries et enflamme les rapports diplomatiques ». Que l’on soit en Chine, aux États Unis ou ailleurs dans le monde, les réseaux sociaux sont devenus le lieu de déchainement des « passions conspirationnistes » par rapport à cette pandémie. Il y a quelque part une réelle volonté de faire passer de simples hypothèses pour des conclusions d’une vraie enquête.

En l’état actuel des recherches sur les origines du Coronavirus, responsable de la pandémie planétaire, l’unanimité est presque faite sur le caractère non intentionnel de l’acte ayant conduit à la génération du virus et à sa propagation. D’après l’Élysée, « il n’existe à ce jour aucun élément factuel permettant de corroborer les informations qui ont circulé dans la presse étasunienne établissant un lien entre l’origine du Covid 19 et les travaux du laboratoire P4 de Wuhan en Chine ». Pour Richard Ebright, microbiologiste à l’université de Rutgers aux États-Unis, « le coronavirus n’est pas une arme bactériologique et la Chine n’a pas provoqué sciemment cette épidémie ». Une thèse confortée par le directeur scientifique de l’Institut Pasteur :
« Non, le coronavirus n’a pas été créé en laboratoire », soutient Olivier Schwartz. Il poursuit :
« En dressant l’arbre généalogique de ce virus, on sait qu’il dérive d’un virus qui circule dans la nature (…) On le voit en étudiant le patrimoine génétique du virus, qui a été séquencé par les équipes chinoises et ensuite vérifié dans de nombreux autres laboratoires dont le Centre Pasteur qui a été le premier en Europe à la faire »conclut-il

Selon Jonna Mazet, infectiologue de l’université de Californie cité le 2 mai par le journal Business Inside : « l’hypothèse d’une fuite du nouveau coronavirus depuis un laboratoire est très invraisemblable ». La spécialiste qui avait formé les chercheurs de l’Institut de virologie de Wuhan et collaboré avec l’Institut a donné au moins 4 raisons : « l’incohérence entre le nouveau coronavirus et les échantillons trouvés dans le laboratoire de Wuhan ; le protocole de sécurité stricte du laboratoire de Wuhan ; le nouveau coronavirus doit être le dernier à avoir atteint l’homme en provenance d’un hôte animal, donc rien à voir avec un laboratoire ; les chercheurs utilisent les équipements de protection lorsqu’ils entrent en contact avec les chauves souris ».

Affaiblir un adversaire
Et pourtant, lorsqu’on met bout à bout les insinuations, les allusions et les non dits des discours politiques et médiatiques sur la pandémie surtout aux États-Unis, il ressort qu’il y a une réelle volonté de criminaliser la Chine, de la précipiter au banc de la communauté internationale et disqualifier sa réussite et sa puissance comme étant le résultat d’activités criminelles :
« That’s Chinese virus. The schould pay for it », se plaisait à dire Donald Trump jusqu’à une date récente lorsque la real politik l’a fait revenir à un langage moins cru. Cette recherche effrénée du bouc émissaire se construit de proche en proche à l’aide des raccourcis médiatiques et des circonlocutions diplomatiques qu’usent et abusent, sur fonds de rivalités géopolitiques, autant certains journalistes que des dirigeants de ce monde. De façon très incompréhensible, la recherche de l’origine du virus est devenue plus importante que la mobilisation des ressources en vue d’éradiquer un mal qui menace l’espèce humaine dans son ensemble. On peut penser avec Ulysse Gosset, éditorialiste à BFMTV que « du coté de Trump, très critiqué sur sa gestion de la crise, il y a un enjeu considérable ».

Sur cette origine du virus en effet, certains grands de ce monde qui ont la Chine en ligne de mire, choisissent l’art de la petite phrase assassine. Il en est ainsi de Emmanuel Macron qui affirme, suspicieux, dans le Financial times : « Il y a manifestement des choses qui se sont passées qu’on ne sait pas ». Du coté du Ministère des Affaires Étrangères Britannique, Dominique Raab plante lui aussi une flèche : « Après le cataclysme, la Chine devrait répondre à des questions difficiles », lance-t-il. Pour sa part, le Secrétaire d’État américain Mike Pompéo enfonce le clou : « Ce que nous savons, c’est que ce virus est né à Wuhan en Chine (…) Nous menons une enquête exhaustive sur tout ce que nous pouvons apprendre sur la façon dont ce virus s’est propagé, a contaminé et a provoqué une telle tragédie », déclare-t-il sur Fox News.

Lors de sa conférence de presse quotidienne à la Maison blanche, Donald Trump sème le doute : « Si la Chine était sciemment responsable, oui, alors il devrait y avoir des conséquences »,conclut-il. Toutes ces circonlocutions concourent à cette construction dénonciative :
« La Chine a fabriqué le virus pour s’enrichir. Elle doit l’avouer et dédommager le monde ». Juste un moyen pour les États-Unis d’affaiblir un adversaire.
Comme l’affirme Zhong Sheng du quotidien du peuple : « La stigmatisation de la Chine ne sera jamais un médicament salvateur, elle ne sauvera aucune vie (…) La stigmatisation de la Chine semble être un moyen de distraire l’attention des gens pour cacher leur propre insuffisance face aux maladies épidémiques. A l’heure actuelle, la priorité absolue du monde est censée être un réponse globale et coordonnée à la double crise sanitaire et économique causée par la pandémie. Cette stratégie de l’accusation est non seulement inutile mais également dangereuse ».

Dr Etienne Tayo Demanou.*
* « ALTITUDE » : Groupe d’Étude et de Réflexion sur la Coopération Sino-africaine tayoe2004@yahoo.fr

Opinion

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