S.M. Célestin Bedzigui : Les craintes grandissent

Réflexion prospective sur l’impact de la pandémie de coronavirus sur l’économie du Cameroun.

La pandémie du coronavirus ayant déjà de graves répercussions sur les grandes économies mondiales, il est utile d’anticiper en engageant une réflexion prospective sur ce que serait son impact direct ou indirect sur notre économie, suite au ralentissement économique qu’ elle occasionne chez nos partenaires. Il s’agit ici d’ouvrir une fenêtre sur les mesures qui permettront de la garder sous contrôle avant de parvenir à son éradication, ou tout simplement de maîtriser ses répercussions sur l’économie de notre pays.
Au fur et à mesure que la pandémie s’étend, les craintes grandissent.
Outre le plan sanitaire où les décès s’accroissent, ce sont les conséquences économiques qui sont à redouter.
Sur le plan de l’activité, la pandémie constitue un choc d’offre et un choc de demande.
Le choc d’offre résulterait d’une limitation des mouvements d’une partie de la population, ce qui ralentirait les activités dont notamment celles des activités informelles dont la place dans notre système économique est essentielle. Cela affecterait les activités économiques des « gens d’en bas » majoritaires dans la population et limiterait l’offre de leur services et de leur production.

Le choc de demande tiendrait lui au fait que, de peur d’être contaminés, les consommateurs changent leurs comportements et diminuent leur consommation. Or, l’état de fonctionnement actuel de notre économie fait ressortir que ce sont les consommateurs et la demande interne qui sont les moteurs de notre croissance. Leur fléchissement pourrait donc entraîner un glissement vers une stagflation préjudiciable à nos performances économiques avec notamment un impact négatif sur l’emploi. Au delà de l’activité industrielle et commerciale, sur les places financières internationales, les investisseurs se sont déjà fait une raison, en témoignent l’orientation à la baisse des marchés des actions ces derniers jours. A côté de cette tendance, alors que dans les autres régions du monde on assiste à une mutualisation des efforts des États, l’absence de réponse africaine à la propagation de cette épidémie est inquiétante. Ce manque de coopération et de coordination pourra se traduire dans les jours à venir par la chute des marchés des actions des bourses sous-regionales, les investisseurs anticipant un ralentissement de la consommation entraînant un choc déflationniste majeur.
Ce choc de demande exige que soit déjà engagée une réflexion sur une réponse de politique économique appropriée pour cette menace, d’autant qu’entreprises, ménages et agents économiques individuels peuvent sur réagir en créant un décalage amplificateur entre un nombre limité d’infections et un impact macroéconomique élevé.

Si les entreprises sont dans l’incapacité de produire ou d’expédier leur production, ou si elles sont confrontées à une baisse de la demande, des tensions peuvent apparaître en termes de besoin en fonds de roulement. Les évolutions sur les marchés financiers et monétaires pourraient alors jouer un rôle d’accélérateur et contribuer à la détérioration des perspectives de croissance. C’est dans ce cercle vicieux qu’une concertation préventive Banque centrale, Cobac et Pouvoirs Publics se doit d’être envisagée pour pouvoir le casser. La place de la Cobac est ici centrale, elle qui encadre le fonctionnement des entreprises de micro-finances sur lesquels sont adossés l’essentiel des micro et des petites entreprises ainsi que les opérateurs du secteur informel urbain.

Il est donc opportun que soient déjà étudiées les mesures qui aideraient les entreprises, grandes, moyennes, petites et micro qui seront mis en difficulté par les conséquences d’une éventuelle propagation du coronavirus dans notre pays et du ralentissement qu’elle occasionnerait sur les économies de nos principaux partenaires. En tout état de cause, même si l’impact macroéconomique que pourrait avoir sur notre économie cette pandémie est encore difficile à estimer, il y a nécessité que soit renforcée de la fonction de tour de garde qu’exerce l’ Etat qui doit ainsi se préparer à toute éventualité, y compris au pire des scénario du cas où cette pandémie changerait de nature en se développant sur notre sol .

Aujourd’hui, personne ne peut encore avancer de chiffre précis sur son impact économique. En international, certains s’y risquent quand même. Par exemple, les économistes de Bank of America ont revu à la baisse leurs prévisions de croissance mondiale à 2,8 % cette année. Mais ils sont beaucoup plus pessimistes pour la zone euro puisqu’ils tablent sur une progression du PIB de seulement 0,6 % cette année, la pire performance depuis 2013. Sur le premier semestre, la croissance serait nulle et l’Allemagne et l’Italie connaîtraient une récession. Le sort de la France n’est pas plus enviable autant que celui de la Chine. La croissance atteindrait seulement 0,8 % en 2020, alors que la plupart des gouvernements anticipent une baisse du PIB avoisinant généralement 1%.
Au regard de cette tendance baissière de la croissance mondiale et des connexions qu’a notre pays avec les pays sus-visés auxquels et surtout de la Chine, foyer de cette pandémie et important partenaire économique de notre pays, notre défi actuel sera que soit maintenu le niveau de croissance prévu pour 2020.
Relever un tel défi requiert autant un renforcement des capacités de réflexion de prospective économique d’une part, d’autre part, l’anticipation et la préparation d’ initiatives de politiques conjoncturelles idoines.

Président du PAL

Opinion

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