La citoyenneté camerounaise comme celle de nombreux pays dans le monde est une citoyenneté relativement jeune qui souffre de nombreuses tares, conscientes et inconscientes, malgré le fort potentiel que lui ont légué l’histoire, la géographie et la richesse de la diversité de ses
populations.
Ces tares évoquées sont souvent, le fait de l’ignorance, de la pauvreté, de l’intolérance, des avatars des actes des pouvoirs colonial et néo colonial, des manipulations politiques et surtout de l’absence d’un grand dessein national, conçu avec patriotisme et démarche participative pour être susceptible de porter les aspirations de l’ensemble des composantes de la nation au-delà de l’espace et du temps pour renvoyer aux yeux du monde, les vibrations d’une citoyenneté nationale en gestation, ferment d’une diversité créatrice, enracinée sur un territoire que l’on peut considérer comme la gâchette géographique ou le déclencheur de l’émergence Africaine.

Qu’est ce que la citoyenneté(1) ?
La notion de citoyenneté se réfère traditionnellement à l’appartenance d’un individu à une communauté politique définie par rapport au contexte de l’État-nation. Cette citoyenneté sous-entend à la fois un sentiment d’appartenance à une communauté politique nationale et un attachement à une forme d’action avec des implications en termes de droits, de devoirs, et de responsabilités (Lynch, 1992 ; Davies, 2006). Ceci étant, la notion de citoyenneté nationale est souvent sujette à controverse, à des interprétations différentes, non seulement dans des sociétés divisées mais également dans le cas de la relation des peuples autochtones et autres minorités culturelles avec l’État. De plus, les droits liés à la citoyenneté sont souvent non reconnus aux migrants, en particulier les réfugiés. Toute tentative de transposer la notion de citoyenneté au niveau mondial est dès lors problématique, dans ses deux dimensions juridique et psychosociale. Ceci étant, dans la praxis, nous nous devons de reconnaitre que cette limite est profondément soumise aux mutations du 21ème siècle qui tendent désormais à faire bouger les lignes…

En définitive, est considéré comme citoyen celui qui bénéficie :
• Des droits politiques. Par le biais du vote, il décide des personnes à qui il confie les différents pouvoirs d’un Etat (exécutif, législatif, judiciaire).
• Des droits individuels caractérisés par le respect des libertés fondamentales (droit à la vie privé, liberté d’expression, liberté d’aller et venir)
• Des droits économiques et sociaux, fondés sur la solidarité, ils reconnaissent à tous le droit à l’instruction, à la santé et à un revenu mininal.
Ces droits invitent le citoyen à souscrire à ses des devoirs, à respecter les droits des autres. On parle ainsi de civilité, de civisme, du respect de la loi, de la participation au fonctionnement démocratique de l’Etat.

Qu’est ce qui caractérise aujourd’hui le citoyen camerounais ?
Comment est ce que les « camerounais » vivent-ils au quotidien ce concept de citoyenneté? Estce, un bien trop grand mot, qui ne prend tout son sens que lors des matchs de football, d’où le rapprochement -souvent abusivement entre patriotisme et citoyenneté
? Ou alors ce droit, vite contesté, est très vite remis en question quand on regarde les différents droits dont devrait bénéficier chaque camerounais ? La citoyenneté étant une composante de l’identité nationale, il est nécessaire de rappeler en quelles circonstances l’on devient camerounais. Conformément au code de la nationalité camerounaise vieux de plus d’un demi-siècle (loi N°68/LF/3 du 11 juin 1968). La nationalité camerounaise s’obtient, soit à titre originaire(en raison de la filiation ou de la naissance au Cameroun), soit après la naissance (par l’effet du mariage, par déclaration de nationalité, par l’effet du mariage, par l’effet de la naturalisation ou de la réintégration).

Acquis à la naissance, le sentiment de fierté que tout Camerounais possède, reflète une certaine citoyenneté ou alors, un certain patriotisme. Pour certains, ces deux termes sont indissociables l’un de l’autre. Au-delà de la définition juridique de la citoyenneté, être citoyen camerounais révèle d’un certain état psychologique, sociologique ou encore historique. Ce sentiment d’appartenance à une communauté, cette quête d’identité, cette impression d’inclusion ou d’exclusion ou encore d’engagement social fait de nous des citoyens camerounais. Pour exemple, à chaque fois qu’un sportifisto représente les couleurs du drapeau national après une victoire ou porte un brassard « vert rouge jaune » à son poignet, nous sommes fiers de nous identifier à lui. A chaque fois qu’un débat sur les élections au Cameroun est soulevé, les opinions souvent contradictoires fusent de partout..

L’éducation, la santé, le chômage interpellent plus d’un, les expressions comme « impossible n’est pas camerounais » ou encore à l’extérieur des frontières, le petit sourire que l’on a après avoir reconnu l’accent camerounais dans la voix de quelqu’un dans la rue, mieux encore, ce frisson que l’on ressent quand on reconnaît une langue nationale d’une des régions du Cameroun. Il en ait de même pour le « Cam franglais » qui est une forme de concoction linguistique camerounaise. Il en ait de même pour le « Cam franglais » argot camerounais qui aujourd’hui, de manière informelle,fait office de langue nationale, compte tenu de la multitude de langues nationales dont regorge le pays. Il ne fait pas de doute que ces éléments, qui font partie du quotidien et du vécu de chaque camerounais, témoignent de l’existence d’une certaine citoyenneté passive.

Mais alors peut on affirmer sans risque de se tromper, que le camerounais vit pleinement sa citoyenneté ? La vérité serait plutôt qu’en général, il aspire à une vie « pleinement citoyenne ». Pourquoi utiliser le terme « aspirer? Parce qu’aujourd’hui aussi invraisemblable que cela puisse paraîtrenombre de camerounais ne savent même pas comment se décline la devise officielle de leur pays (paix, travail, patrie). Il en est de même, pour les couleurs du drapeau national (vert, rouge, jaune frappé d’une étoile jaune sur la bande rouge) sont un mystère pour certains, tout comme le sont les sonorités de l’hymne national. Pourquoi ces manquements? Est-ce parce que les camerounais perçoivent cette notion de citoyenneté davantage en termes de droits plutôt que de devoirs ? Ou estce parce que les institutions semblent souvent subies par les populations sans être le produit de leur propre émanation ?

Une citoyenneté atrophiée et malade
L’avènement de l’internet et des réseaux sociaux en tant qu’outil de communication ont dévoilé le mal occulte et pernicieux qui mine la société camerounaise : il y a de plus en plus dans l’air du Cameroun, une aversion que les citoyens développent et nourrissent les uns vis-à-vis des autres. Ce sentiment se matérialise par un égoïsme qui anime entre autre le citoyen chargé de la gestion de la chose publique. C’est ainsi que le pays s’est retrouvé divisé entre des citoyens à part entière qui semble se prévaloir de tous les droits et des citoyens « accompagnateurs  » qui n’ont que des devoirs. Cet état de chose, dans un climat où la course effrénée au gain facile s’est emparée d’une grande majorité corps social n’aura fait qu’accentuer le sentiment de haine généralisée. Cette animosité, chaque Camerounais, selon sa position sociale, l’exprime à sa façon : elle est dissimulée sous le tribalisme, la jalousie, l’abus de pouvoir, l’abus d’autorité. Etc.

On a enseigné pendant longtemps des passages bibliques qui invitaient les croyants à accepter la misère au lieu de la richesse et à penser que le rêve, le bonheur, le succès ne sont pas un droit. Donc, il y a une triple désubstantialisation qui a contribué aujourd’hui à ce qu’on appellerait un gros déficit de l’action citoyenne au Cameroun. Les gens ont perdu leurs repères et ne comprennent même pas qui ils sont, d’où ils viennent, et conséquemment, ils ne peuvent en aucun cas savoir où ils vont. La conséquence de ces manquements, C’est le vide sociopolitique généré par l’absence des populations là où leur responsabilité leur impose d’intervenir que ce soit au niveau de l’organisation sociale, dans les rapports avec le gouvernement, dans la structuration-même du champ politique, puisque le politique s’évertue à théâtraliser le social. Il y a surtout l’incapacité que le gouvernement a aujourd’hui à véritablement assumer son rôle dans le fonctionnement de l’Etat. Cela fait que dans le fond, tout le monde est victime dans ces carences gravissimes. Il s’agit d’un problème qui concerne toutes les strates de la société Camerounaise qu’il faut reformer et reconstruire sur les plans identitaire et de la projection des rapports au monde. Il faut consolider la vision d’une société camerounaise reconstruite autour d’une notion pilier, susceptible d’assurer un ressourcement républicain, : la citoyenneté apaisée.
Qu’est ce qu’une citoyenneté apaisée ?

C’est le produit d’une éducation, d’un cadre de vie qui prévoit l’épanouissement de l’individu et des communautés dans leurs droits et leurs devoirs républicains.
C’est une ambition sociétale, volontariste et spirituelle d’élévation de l’homme dans sa qualité intrinsèque en le sécurisant, en le reconnaissant afin qu’il soit meilleur, plus créatif, plus tolérant et en confiance avec son prochain.
Ainsi, pour une citoyenneté ambitieuse, il faut un dessein, il faut une vision qui sorte des ornières administratives et qui parle aux gens, il faut un horizon, des exemples qui permettent d’illustrer le chemin et de montrer que l’objectif est certes ambitieux, mais réaliste, donc réalisable.
Il faut mobiliser de manière inclusive, les citoyens camerounais de toutes les catégories, de toutes les ethnies, de toutes les cultures.

Ainsi moins la feuille de route est connue et partagée, moins toute éventuelle adhésion volontaire et enthousiaste est envisageable.
Certes l’on se doit de reconnaître que la multiplicité des facteurs qui conditionnent la marche du monde et de nos pays, font que nos dirigeants évoluent dans une relative opacité s’agissant de la perception du futur. On peut penser en effet que ce futur est à la fois le produit de notre imaginaire et celui d’une pré-programmation. Dans tous les cas, au-delà du débat sur cette question, l’Homme, le dirigeant se doit toujours d’adopter une posture d’humilité face à ces incertitudes et face au poids des responsabilités qui lui incombent et qui ont comme corollaires, les attentes sommes toutes légitimes du public et des citoyens.
Il importe également de considérer que dans une logique de confiance structurée et d’une communication responsable et sincère, que les citoyens soient plus enclins à comprendre et à porter leurs dirigeants dans leur estime.
En somme, les principales problématiques de la citoyenneté découlent des notions de RESPECT DES DROITS, de l’EGALITE DEVANT LA LOI, du
sentiment diffus que l’on peut avoir de PARTICIPER A LA CONSTRUCTION D’UNE GRANDE ŒUVRE QUI PROFITERA ATOUTE LA COMMUNAUTE ET PAR CONSEQUEND, A SOI-MÊME ET AUX SIENS.
Tout ce qui concourt à violer durablement, ou à remettre en cause ce dogme, quelqu’en soit les raisons est sujet à heurter, à blesser, à déstabiliser et parfois même à gangréner la dynamique de construction d’une citoyenneté responsable et apaisée.

Les enjeux d’une citoyenneté moderne et apaisée,
Concernent notre capacité à nous remettre en cause en tant que jeune nation, concerne notre aptitude à adopter une attitude responsable face à l’histoire, concerne notre capacité à assumer« le tutorat » de plus en plus lâche qu’impose les temps nouveaux, concerne notre capacité à questionner la science de manière objective pour trouver des solutions à nos problèmes, concerne notre capacité à gérer des problèmes dont la complexité reste somme toute relative par rapport aux expériences du genre humains et aux réalités du monde.
Une citoyenneté apaisée est une citoyenneté qui ménage naturellement l’espace pour le vivre ensemble, c’est une citoyenneté qui n’a pas peur de la dynamique des peuples, c’est une citoyenneté qui permet d’exprimer de manière très naturelle, les appréhensions des uns et des autres, c’est en d’autres termes la capacité pour chacun de mettre sur la table ses incompréhensions, ses frustrations, ses angoisses, son anthropologie spécifique, pour trouver des solutions les plus justes et les plus consensuelles possibles.

Une citoyenneté apaisée, c’est une citoyenneté qui ne se bâtit pas sur le soupçon permanent d’un agenda caché de l’autre. Une citoyenneté apaisée, c’est une citoyenneté où la pérennité de notre espace vital est assurée par le travail, la concertation et une certaine foi en la rationalité, audelà des joutes politiques, des égos personnels et des antagonismes de toutes sortes. Une citoyenneté apaisée concerne également l’espace réservée à la jeunesse créative pour inventer le monde de demain dans tous les domaines au-delà des solutions préexistantes souvent importées qui servent souvent de corset à l’imagination de nos professeurs et de notre jeunesse.
En définitive, les enjeux concernent la paix, l’émergence d’un état d’esprit positif et une adhésion qui crée la confiance. C’est cette confiance là qui crée le liant national facteur de tolérance, de cohésion social, de fraternité et de solidarité nationale qui sont les ferments d’un patriotisme civilisé qui ouvre les portes sur une humanité mutuellement enrichissante. C’est ce patriotisme là qui permet d’œuvrer plus efficacement pour le progrès, pour la création de richesse et de mieux être, limitant notamment l’invasion des métastases de la corruption dans notre société.

Pour une citoyenneté ambitieuse
Nous nous devons à l’aune des discours de W .E.B.Du Bois, de Marcus Garvey, de Kwame NKRUMAH , de Cheickh AntaDiop et de bien d’autres de fixer au-delà de l’horizon, l’ambition de notre existence dans le concert de l’humanité.
Au-delà de nos origines aussi nobles et respectables soient elles, nous nous devons d’être de dignes héritiers des terres dont nous avons la charge pour quelques décennies. Il importe que par l’esprit, en communion avec ceux qui nous ont précédés, hissés sur les épaules de leur mémoire, nous puissions par la pensée nous enfoncer le plus loin possible dans le temps, comme des relayeurs ayant reçu un témoin à transmettre aux générations futurs qui pourront désormais marcher droit débarrassé des béquilles d’une histoire aussi sanglante et avilissante que violente. Pour ce faire, dans une logique d’exorcisme et d’apaisement, il importe de sortir de nos pitoyables tribalités endémiques pour bâtir une citoyenneté africaine du 21ième siècle.

Une citoyenneté qui apaise les âmes meurtries du passé, une citoyenneté qui apaise aussi bien la mémoire des noyés de l’Atlantique du 17ième siècle que celle de ceux du 21ième siècle. Il importe que comme l’eau qui épouse les contours de la terre, que nous adoucissions nos contraintes face aux migrations des temps présents.
Ainsi, pour nous réconcilier avec l’Histoire dans la perspective d’assumer nos défis selon Frantz Fanon, nos frères afroaméricains ont le droit aujourd’hui à une part de citoyenneté Africaine, de même que nos frères intégrés et assimilés de la diaspora contemporaine ont le droit à une citoyenneté inaliénable de leur continent d’origine, de même comme une terre nourricière, hospitalière et généreuse, considérant l’esprit de sagesse qui a toujours animé l’Afrique, tous les êtres issus des métissages entre africains et d’autres peuples du monde ont le droit à une certaine citoyenneté africaine.

Dans le rapport de force mondial de ce siècle naissant, le benchmark des citoyennetés du monde ne nous amène pas à justifier une quelconque réticence à cette perspective, sauf à considérer des esprits aux calculs malicieux qui ne s’inscrivent ni dans le sens de la marche du monde, ni dans une perspective historique.
Il faut savoir qui l’on est. Il faut avoir confiance en soi. Il faut s’assumer, c’est-à-dire entre autre, assumer les traumas de notre conscience collective pour pouvoir oser agir avec assurance et autorité à l’échelle de l’humanité. Pour cela, il faut développer une culture de vérité qui libère la penser et développe le sens des responsabilités. Pour ce faire, l’élite néocoloniale doit se faire violence et apprendre à enseigner la vérité aux Camerounais.

L’enseignement de la vraie Histoire du Cameroun au primaire et au secondaire est une nécessité vitale pour le devenir des peuples d’afrique. Aujourd’hui, on connaît mieux l’histoire de Napoléon et autres que celle réelle du Cameroun. Il est particulièrement nécessaire d’assurer la transmission des repères culturels, qui sont un levier majeur de l’identité culturelle, véritable éthos de la citoyenneté sur laquelle s’appui toute ambition de pérennité et de grandeur. En outre, il est impérieux que les Camerounais comprennent l’ordre et la logique du monde, pour mieux appréhender leurs responsabilités en toute chose et notamment par rapport à leur gouvernement. Beaucoup ne se sont pas impliqués parce qu’ils pensaient que l’Etat appartenait aux autres. Plus grave encore, beaucoup d’universitaires se sont retrouvées piégés par un environnement politique qui, en les mettant à son service, les ont détourné de la science en les décrédibilisant totalement. Cet état de fait est fondamentalement structurant de la pauvreté parce qu’en toute rigueur lorsqu’on veut regarder les choses en profondeur, il est aisé de constater que partout où le développement s’est fait, il a été prioritairement pensé à l’Université. Or le débat, dans beaucoup d’universités au Cameroun est généralement atrophié du fait d’une autocensure qui généralement engendre un biais qui neutralise toute dialectique susceptible de conduire vers une vérité de meilleur ordre. Il est indéniable, l’on en conviendra, que ce sont ces vérités là qui induisent le véritable progrès.

Pour une citoyenneté assumée.
Il s’agit pour nos univers mentaux, de sortir du fantasme colonial qui ne nous a surtout fait exister, que sous l’angle micro-national, c’est à dire ethnique et ensuite de nous investir vraiment dans la dynamique des martyrs du Cameroun pour l’édification d’une république transparente, équitable et forte qui ne craint ni la rigueur qu’impose désormais l’ouverture au monde, ni la diversité dans ses présupposés funestes conscients et inconscients.
Notre république a généré dans les faits des citoyens de trois (3) républiques superposées, la république familiale, la république ethnique et la république officielle ou d’apparat. Dans un véritable système tribalo-dépendant, un grand nombre des populations fonctionnent dans le registre souvent très naturel de la république ethnique suivant ainsi les dynamiques institutionnelles créées dans les concours, les différents actes de la nation , partant même de la constitution, parfois même les différentes républiques peuvent rentrer en conflit et cela est observable tous les jours dans les nominations, dans le football, dans les médias etc.
Cette dynamique, gangrène notre pays, dégénère notre citoyenneté et notre capacité à élever notre nation comme bloc compact auquel notre amour, notre respect, notre moral, notre loyauté et notre rigueur donneraient une forte masse critique. Celle-ci lui conférant une énergie cinétique lui permettant par notre travail, par nos valeurs d’excellences d’aspirer de façon réaliste et vraie à une émergence dans un court délai.
Cela n’est possible, que dans le partage, l’équité, l’ambition, l’amour, la transparence, la concertation, la compassion et la discipline.

Comment faire pour que le Cameroun tende vers une citoyenneté apaisée?
On dit que « le premier pas vers les autres, c’est le premier pas vers soi même » ;
L’élite camerounaise doit faire un effort pour appréhender l’autre, son prochain dans son éthos, cela sans a priori, sans présupposé dans un élan de fraternité patriotique. Nous nous devons de nous approprier et d’assumer notre histoire, avec ses grandes violences, ses grandes blessures et ses petites grandeurs. Cette histoire qui somme toute ne fait que débuter et reste à écrire. Toujours est il que dans ses articulations les plus récentes, depuis la traite dite négrière du 16ième siècle sur les côtes camerounaises, véritable cancer dont les métastases ont diffusé à l’intérieur des terres (hinterland) dans un commerce cruel et cynique ou des hommes, des femmes et des enfants seront souvent capturés comme de vulgaire bêtes sauvages pour assouvir la gloutonnerie de ce commerce aussi implacable que funeste. Près de quatre siècles plus tard, la puissance coloniale allemande va s’imposer avec une brutalité sans nul autre pareil en éliminant au vu et au su de tous, les premiers résistants symboliques qu’étaient les chefs aujourd’hui dit traditionnels. C’est le lieu de rappeler qu’en effet le 8 Août 1884, tandis qu’à Douala, Duala Manga Bell était pendu en même temps que son secrétaire et cousin NgossoDin, Martin Paul Samba était fusillé à Ebolowa, Madola à Kribi. Les lamibé de Kalfu et de Mindif subissaient le même sort, tout comme cinq dignitaires de la cour de Maroua.

Sans nous attarder sur la reprise en main d’un pays partiellement mis sous sa tutelle par la SDN ( Société des Nations) après la défaite Allemande de 1917, la Problématique des résistances politiques commencera à se faire jour de manière plus précise avec la fin de la 2ième guerre mondiale, ceci malgré le discours du général de Gaule de Brazzaville en 1947 et s’intensifiera au cours de la première décennies de l’indépendance suscitant un exil important d’opposants et d’intellectuels, un peu plus tard, ces migrations prendront de l’ampleur en s’intensifiant tout au long du 21ième siècle naissant pour des raisons de formation scolaire et académique, pour des raisons économiques et enfin pour des raisons politiques. Nous ne pouvons pas une fois de plus, nous résoudre à n’être que des complices passifs, aveugles et irresponsables face au flux de nos frères et sœurs, de nos enfants qui migrent sans discontinuité vers l’occident, en acceptant ce faisant, que notre pays ne soit réduit à qu’à n’être qu’une usine, bonne à fabriquer des migrants apatrides affectifs ou administratifs, avec le risque important que cela comporte, de générer des rétro violences en tous genres consécutives en réalité au sentiment diffus et confus d’abandon et de non reconnaissance de la nation parentale.

Malgré les possibles difficultés matérielles et financières de nos pays, nous nous devons en tant que Nation d’être des parents aimants et dignes, capables de donner de la chaleur humaine et de transmettre des valeurs identitaires à nos progénitures comme legs nécessaire à leur équilibre intérieur où qu’elles se trouvent dans le monde. Cette implication constitue en réalité un investissement qui d’une manière ou d’une autre bénéficiera toujours à la maison Cameroun.
Pour notre pays, compte tenu de l’ensemble des considérations qui précèdent, nous préconisons la mise en place d’une forme de citoyenneté étagée. Il s’agit d’une citoyenneté qui fédère dans le temps et dans l’espace, l’ensemble du potentiel humaine lié au territoire camerounais sur la base du point de vue génétique et/ou culturel.
C’est ainsi que nous suggérons que soit considérer cinq (5) catégories de citoyens auxquelles seront associés un degré de citoyenneté compatible avec les ambitions, les enjeux, et les divers contraintes qui régissent la vie des nations.

Il importe dans tous les cas de créer une dynamique d’inclusion qui permette à tout un chacun d’avoir sa place dans la grande maison Cameroun.
1. Les descendants afroaméricains susceptibles de prouver qu’ils ont des ascendants originaires d’une des régions du Cameroun ;
2. Les candidats issus de communautés étrangères et ayant passé plus de 15 années consécutives au Cameroun, et désireux de se naturaliser camerounais ;
3. Les camerounais issus de l’immigration contemporaine et ayant contracté une autre nationalité ;
4. Les camerounais issus d’un métissage et ayant un des deux ascendant de nationalité Camerounaise;
5. Les camerounais de souche, dont l’histoire immédiate ou lointaine n’a subit aucune variation.
Pour conclure sur ce chapitre qui ouvre la porte à un travail pluridisciplinaire de mise en œuvre pratique de notre proposition, il s’est agit dans ce premier temps de susciter une volonté politique forte qui prenne en compte l’évolution du monde et ne nous cantonne pas en victime expiatoire du « brain drain » et des migrations internationales qui préfigure le monde du 21ième siècle où l’Afrique est entrain de perdre la bataille de sa ressource humaine et de sa vitalité créatrice.

Serge Tankoua Jantou
* Manager, Ingénieur et Financier
* Citoyen engagé pour une République prospère

Opinion

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