Vanessa Bedine : “Sortir les handicapées de leur isolement”

A travers le concours de beauté « Miss handicapée », elle veut œuvrer pour une meilleure insertion professionnelle et l’image des femmes vivant avec le handicap.

Vous êtes à la présidence du comité d’organisation du concours de beauté miss Handicapée du Cameroun. Présentez-nous ce concept
Miss Handicapée est un concours de beauté pour valoriser la femme en situation d’handicap et lui permettre de s’exprimer. Nous prenons en compte les déficients visuels, auditifs, les handicapées motrices. Mais les déficients mentaux ne sont pas encore admis. Nous avons voulu organiser ce concours et définir les critères de sélection pour montrer également que les femmes vivant avec un handicap sont belles et ont des aptitudes à faire valoir comme les autres femmes. Pour être candidate à l’élection miss Handicapée, il faut aussi être de nationalité camerounaise, avoir l’âge de 21 à 35 ans, être de bonne moralité, avoir un casier judiciaire vierge. Voilà les critères de sélection. La première édition de miss Handicapée Cameroun a eu lieu à l’hôtel La Falaise de Bonanjo à Douala en 2016. La mise en place du projet n’a pas été facile. Ici le problème était le regard que certains posent sur les handicapés. En toute franchise, les gens sous-estiment ce que nous faisons. Et ce sont ces préjugés qui constituent notre combat. Nous n’avons pas baissé les bras puisque le projet a été bien accueilli par la communauté. Les femmes handicapées se sont dit voilà enfin un projet qui nous valorise. Le public s’est montré curieux de découvrir ce que nous faisons.

Quels sont les objectifs de ce concours de beauté ?
Le but du concept est d’aider les personnes en situation de handicap à s’affirmer. Pendant longtemps, ils se sont terrés chez eux pour fuir le regard des autres, les moqueries. A mon avis ce n’est pas la solution, il faut sortir et aller au contact des autres pour qu’ils puissent aussi nous apprécier à notre juste valeur. Notre objectif, c’est aussi l’éducation des jeunes handicapés. Ils sont nombreux qui n’allaient pas à l’école pour des raisons multiples : la pauvreté des parents ou la peur du rejet. C’est vrai que grâce à l’État, les personnes handicapées peuvent aller à l’école primaire et secondaire sans débourser des frais. Il est temps qu’on valorise ces personnes, qu’on les encourage. Il faudrait qu’on sensibilise les familles. L’école est gratuite. En plus du volet éducatif, nous luttons pour l’insertion professionnelle des personnes en situation de handicap. A ce titre nous offrons des formations à nos candidates avant et après le concours dans différents domaines comme : le cosmétique, la fabrication des jus, la coiffure, la mécanique, l’informatique… Cela se fait par séance, après les recrutements. Nous faisons aussi du plaidoyer auprès des entreprises pour qu’elles recrutent ceux qui ont des diplômes avec des formations requises. Parce qu’il est difficile pour un handicapé après son cursus scolaire de trouver le travail. Les gens se sont déjà fait une mauvaise image des personnes handicapées. Ils sont traités de feignants, de mendiants, pourtant il y en a qui sont très intelligents. Nous accompagnons ceux qui n’ont pas pu aller à l’école à s’auto employer avec des métiers comme le call box, le salon de coiffure, la broderie.

Rendu à trois ans d’activités quel est votre bilan ?
Le bilan est plutôt satisfaisant. Notre première miss a ouvert un salon de coiffure et nous avons offert des bourses scolaires à d’autres. Actuellement nous travaillons sur un projet de marque de vêtements crée par des femmes en situation de handicap.

Vous êtes vous-même handicapée motrice. Quel a été votre parcours ?
A l’âge de 7 ans, j’ai perdu mes deux jambes des suites d’un accident. Par la grâce de Dieu, il y a des gens qui m’ont aidé à aller à l’école comme tous les enfants de mon âge. Mais, j’ai tellement cherché le travail après mes études et on m’opposait toujours ma situation d’handicapée. A cause de cela, je suis restée à la maison. Heureusement, j’ai cette passion pour la beauté. Je tiens à rappeler que les femmes handicapées sont aussi très belles. J’ai donc voulu rehausser leur image. Et Dieu m’a permis de mettre sur pied le concept<<miss handicapée>> et redonner de l’espoir à celles qui s’enferment encore. Elles sont belles et peuvent réussir.

Propos recueillis par Elsa Kane

Culture, Une

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