X Maleya : “On ira sensibiliser sur le viol”

Après « Ta fille n’est pas ta femme » extrait de l’album « Cardio », le trio annonce la sortie d’un court-métrage sur ce crime et des tournées en régions.

X-Maleya est connu pour ses chansons qui parlent d’amour, qui célèbre Dieu. Là, vous-vous engagez sur le terrain de la protection de l’enfance. Pour ce combat en faveur de la fille ?
X-Maleya a toujours été engagé… Un artiste doit contribuer à construire une société plus juste, plus tolérante. Et c’est ce que nous faisons. La société souffre de plusieurs maux. Le viol est l’un de ces fléaux. Nous avons décidé de briser le silence autour de ce sujet tabou. Nous l’avons posé sur la table. Une de nos voisines, âgée de 12 ans a été violée. Cela a été un véritable choc pour nous. Nous nous sommes sentis interpellés par cette situation de violence envers la jeune fille. En faisant des recherches sur le sujet, nous avons appris avec effroi et sans exagération que sur 100 filles au moins 70 ont été victimes soit d’une tentative de viol, soit de viol.

Lorsque vous dites « Ta fille n’est pas ta femme », qui interpellez-vous exactement ?
Nous interpellons tout le monde. Chaque Camerounais doit se sentir concerné par ce problème. C’est vrai que le viol ne concerne pas seulement les enfants, même les femmes sont victimes du viol. Nous aurions pu aborder ce fléau de manière générale. Nous condamnons le viol. Mais ça été un choix de mettre l’accent sur le viol des mineurs (petits garçons, petites filles) en famille. Vous savez, chez nous c’est de l’inceste. Ce qui n’est pas bien, c’est un drame !

Ce clip c’est pour demander aux filles de ne pas garder le silence, les encourager à dénoncer la pédophilie, l’inceste ?
Tout à fait ! Face à ce fléau les victimes ne devraient pas garder le silence. Comme nous le disons dans le clip, c’est une blessure qui détruit des vies psychologiquement. Une femme qui a été victime du viol (inceste) dans son foyer est psychologiquement touchée. Il vaut mieux rompre le silence. Dénoncer est un début de solution. C’est la raison pour laquelle, nous encourageons les victimes à parler. Si la maman, les frères, les oncles des familles ne réagissent, pas il y a les voisins. Si l’entourage ne réagit pas, il faut s’en référer aux autorités. Et nous croyons qu’il existe une loi qui condamne cet acte. La police est là. Vous voyez bien que dans le vidéogramme, la petite fille et son frère vont vers la police qui vient arrêter le violeur.

Etait-il facile d’exprimer en images, ces violences faites à la jeune fille ?
Non ! pas du tout. Mais au Cameroun, nous avons la chance d’avoir sous la main des professionnels. Pour faire ce clip, nous nous sommes rapprochés de Tatiana Matip, une comédienne, à qui devons une fière chandelle. Elle a écrit le scénario du clip. Elle a fait le casting des acteurs et a également coordonné le tournage. Elle a su nous guider, nous avons en 3min fait passer le message, sans la chorégraphie, parce que le but n’était pas de distraire le public. Ce qui a donné ce rendu donc nous sommes fiers aujourd’hui. Et puis c’est une surprise, mais il y a aussi le court-métrage que nous avons produit qui traite du viol… Il sera diffusé au début de l’année 2020.

Au-delà de la musique, comment allez-vous mener la lutte contre le viol des mineurs ?
En réalité, c’est tout un projet, nous avons commencé par la chanson qui est sortie il y a deux semaines. Ensuite, il y a le court-métrage dont nous avons parlé. Et puis, nous n’allons pas nous cantonner à Yaoundé ou à Douala. Après la sortie du court-métrage, il y aura des campagnes de sensibilisation dans les zones les plus sensibles où se déroulent ces fléaux. Parce que l’objectif est de sensibiliser ces petites filles. Il faut faire parler ces jeunes filles. Si elles acceptent de rompre le silence, les auteurs de ces crimes arrêteront.

Certains ont trouvé les images de ce clip « choquantes » ! Un mot sur la censure…
Nous comprenons qu’il y ait des âmes sensibles, même dans les levées de corps, il y a des gens qui regardent des cadavres et d’autres pas, nous n’avons pas le même courage… Mais, nous ne pensons pas que ce sont les images qui soient « choquantes ». Nous pensons que c’est la vérité que l’on exprime, à travers les images qui fait problème. Il y a des gens qui ne veulent pas accepter, qui veulent camoufler, alors que ce problème est réel. Si nous continuons de garder le silence, il y aura bien d’autres victimes. Vous savez, il y a 3 semaines, une fille de 14 ans s’est suicidée à Bertoua, parce qu’elle est tombée enceinte de son père. Une petite fille de 3 ans a été violée en Côte d’Ivoire. C’est ce type de situation qui doit nous choquer. Il y a des personnes qui détournent les autres de l’utile. En fait, il y a deux catégories de personnes derrière cette polémique : des coupables et ceux qui n’acceptent pas la vérité. Nous devons protéger nos enfants… si Dieu nous prête longue vie, il y a d’autres fléaux que nous allons dénoncer !

Que prévoit votre agenda ?
A partir de novembre, nous ferons notre grande rentrée sur scène. Nous commencerons par Douala, précisément le 30 novembre au Canal Olympia. Ensuite, il y aura une tournée à l’Est, au Nord. Nous aurons aussi un festival entre le 19 et le 20 décembre en France. Le projet Adna avance bien. Le Adna 2 qui va sortir bientôt avec l’arrivée de Belka Tobi et Danielle Eog. Adna est un produit dérivé de X M music.

Propos recueillis par Elsa Kane et Guillaume A. Mete

Culture, Une

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *